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Actualité du 22-07-2015

16 Juillet 2015, conférence à l’Université de Yaoundé I

E. Njoh Mouelle a donné une conférence portant sur ‘’PENSER L’HUMANISME AUJOURD’HUI’’, devant un public composé d’étudiants et d’enseignants du Centre de Recherche et de formation doctorale des Arts, Langues et Cultures de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Yaoundé I. EXTRAITS de la conférence

Pendant que les politiques continuent de traiter de l’homme comme s’il ne se posait pas la question des menaces portant sur le devenir de sa nature, pendant qu’ils ne se font du souci que pour l’environnement et le réchauffement climatique, les chercheurs scientifiques qu’aucune frontière épistémologique n’arrête ni ne freine produisent des résultats et annoncent des perspectives sur lesquelles il importe de s’arrêter et de dire ce qu’il faut en penser, quant à ce qu’ils présentent comme ambivalence par rapport au destin sur Terre, de ce qu’on voudra continuer d’appeler l’HOMME.

Autant l’humanisme des origines, c’est-à-dire tel que sorti de la période appelée « La Renaissance » en Europe, semblait préoccupé de sauvegarder l’idée qu’il fallait se faire de l’homme et de sa nature, tout en militant en faveur de l’affirmation de son autonomie, autant l’humanisme contemporain, notamment celui prôné par le mouvement ‘’Transhumaniste’’, semble considérer qu’il n’ y a pas une idée arrêtée et fixe de l’homme mais qu’au contraire, cette idée de l’homme correspondrait à une réalité en mouvement et par conséquent appelée à davantage changer qu’à se réaliser, c’est-à-dire à devenir autre plutôt qu’à simplement se découvrir ou se désenvelopper, comme si elle était contenue toute entière dans sa potentialité.

Si dans l’un et l’autre cas, le militantisme en faveur de l’homme est demeuré préoccupé par l’amélioration de ses conditions d’existence en prenant appui sur la science, l’humanisme des origines a laissé l’impression qu’il se préoccupait surtout du développement total des potentialités de l’homme en tant qu’il est un être doué de raison.

Précisément l’une des préoccupations de la pensée humaniste aujourd’hui, telle que je vais vous la présenter, apparaîtra, à travers les objectifs et l’orientation des recherches scientifiques, comme une entreprise, certes d’étalage de la puissance de la raison humaine, mais également et surtout comme une entreprise de quasi-volonté de transformation de la nature humaine.

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Le transhumanisme est créé et fondé comme association mondiale en 1998 par le philosophe Anglais David Pearce, et le Suédois Nick Böstrom. Ils présentent le transhumanisme comme un mouvement culturel et intellectuel international, prônant l’usage des sciences et des techniques, ainsi que les croyances spirituelles, afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains.

Les perspectives enchanteresses annoncées par le transhumanisme et le posthumanisme se fondent sur un certain nombre de constats. Mais, avant de parler des constats, je me dois d’annoncer les perspectives et le programme des protagonistes du transhumanisme. Même si le terme ‘’transhumaniste’’ apparaît pour la première fois en 1957, ce n’est que pendant les années1980 qu’il débute son argumentaire pour finir par se constituer en association en 1998, année de la publication d’une déclaration qui est son Manifeste. Déclaration et Manifeste qui proclame « le droit naturel pour ceux qui le désirent, de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives et d’être davantage maîtres de leurs propres vies. ». « Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles », déclarent-ils.

Les transhumanistes ne croient pas que la nature humaine est et devrait rester essentiellement inaltérable. Ils estiment qu’en rejetant cette prémisse, il nous est possible de voir un monde extraordinaire de possibilités, allant d’une félicité éternelle jusqu’à l’extinction de toute forme de vie intelligente.

Citons quelques auteurs : l’Anglais Max More, (philosophe futuriste né à Bristol en 1964), auteur de ‘’On becoming posthuman’. IL ’ dit : « Nous allons au-delà de beaucoup d’humanistes en ce que nous proposons des modifications fondamentales de la nature humaine en vue de …son amélioration ».

Nick Boström (Niklas), philosophe Suédois, né le 10 mars 1973 à Helsingborg, enseigne à Oxford) spécialiste des questions d’intelligence artificielle, auteur de « « Human reproductive cloning from the perspective of the future’’ ; il a écrit : « Un jour, nous aurons l’option d’étendre nos capacités intellectuelles, physiques et spirituelles très au-delà des niveaux qui sont possibles aujourd’hui. Ce sera la fin de l’enfance de l’humanité et le début d’une ère post-humaine ».

Boström est partisan du clonage humain quand il écrit : « Un clone humain serait une personne unique méritant autant de respect et de dignité que n’importe quel autre être humain ».

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QUE PENSER DE CE NOUVEL HUMANISME ?

Quand Ronald Bailey, (né au Texas en novembre 1953, auteur de ‘’Liberation Biology : The moral and scientific case for the Biotech revolution ‘’Ed. Prometheus 2005,) l’un des promoteurs du Mouvement transhumaniste) affirme que « le transhumanisme incarne les aspirations les plus audacieuses, courageuses, imaginatives et idéaliste de l’humanité », Francis Fukuyama, Philosophe et sociologue américain également, avait auparavant affirmé dans son ouvrage de 2003, ‘’La fin de l’homme. Les conséquences de la révolution biotechnique’’ que « le transhumanisme était l’idée la plus dangereuse du monde, et que ‘’ tandis que la science avance, la morale doit défendre l’intégrité de la nature humaine et la dignité de l’homme’’.

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Nous disons que la science et la technoscience se maintiennent dans leur ambivalence de tous les temps. Autant elles sont apparues comme salutaires par leur contribution au progrès de l’humanité et plus précisément à l’amélioration des conditions de la vie de l’homme sur terre, autant elles ont été perçues par certains de leurs effets et conséquences comme une menace pour l’homme. (Bombes de toutes sortes, guerres météorologiques voilées, armes bactéréologiques et chimiques). Déjà en 1947, dans son ouvrage ‘’La France contre les robots’’, Georges Bernanos élevait une violente critique contre le machinisme dans la production industrielle qui, selon lui, limitait la liberté des hommes et perturbait jusqu’à leur mode de pensée. Il ajoutait que la civilisation française était incompatible avec une certaine idolâtrie anglo-saxonne pour le monde de la technique. Selon lui encore, ‘’on ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure’’.

De l’humanisme des origines, La renaissance, le siècle des Lumières avec son culte de la raison, à ce que proposent aujourd’hui le transhumanisme et le posthumanisme, on peut constater la permanence d’un égal souci pour l’amélioration des conditions de vie des hommes. Un objectif au service de la réalisation duquel la raison humaine demeure activée en direction d’une créativité toujours innovante, même si on peut constater le risque permanent, surtout dans le transhumanisme, de développer une attitude qui consiste à faire de la science pour la science. Et pourtant, est-il possible de prôner d’un côté, la liberté de création scientifique entrant dans la liste de toutes les libertés à reconnaître à l’homme dans l’espace social et, de l’autre, n’autoriser que des recherches susceptibles a priori de conduire à des applications utiles à l’homme ? Nous allons le voir en considérant quelques unes des perspectives annoncées par le transhumanisme.

Ces derniers temps, l’humanité s’est inquiétée des manipulations génétiques ayant conduit au clonage des animaux et aux OGM (organismes génétiquement modifiés), avec la tentation, pour certains, et c’est le cas des transhummanistes, de pousser des expériences en direction du clonage humain. Pourtant en 1997 et 1999 L’Unesco a adopté et publié trois ‘’Déclarations universelles’’ importantes en rapport du avec le sujet qui nous occupe ce matin : La ‘’Déclaration universelle sur la sauvegarde des générations futures’’ (Septembre 1997), La ‘’Déclaration universelle sur le génôme humain et les droits de l’homme’’ (Novembre 1997), puis ’’La Déclaration sur la science et l’utilisation du savoir scientifique’’ (Juillet 1999). Le besoin de connaissance auquel répond la science est difficile à limiter. Mais les applications pratiques de la dite connaissance ne sauraient être envisagées avec légèreté et comme par amusement ou alors à des fins mercantiles et plus ou moins cyniques. L’Unesco est considérée comme la conscience morale de la famille des organisations des Nations Unies. Mais sa ‘’Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies’’ COMEST), créée en 1998 pendant mon mandat au Conseil Exécutif (1995-1999), semble manquer totalement d’impact et de contrôle sur les orientations de la recherche scientifique dans les États-membres. Lorsqu’elle se réunit, elle débat sur les rapports produits par des experts qu’elle charge de réfléchir sur des questions précises. Le fait est que depuis le début, cette Commission aussi ne s’est investie pleinement que dans des problèmes concernant l’environnement sous l’intitulé « Questions éthiques liées aux ressources d’eau douce, à l’énergie, à l’espace extra-atmosphériques’’. Sortant de son rôle, la Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et technologiques a même produit un ‘’Programme d’action sur l’éthique de l’environnement ‘’ ainsi qu’un rapport sur ‘’L’éthique liée au changement climatique’’. De quoi nous pousser à nous demander comment il se fait que cette commission laisse l’impression d’ignorer ce qui se passe du côté des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives ?

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EN GUISE DE CONCLUSION

Nous sommes à l’aube des bouleversements dont l’ampleur est insoupçonnable : Les hommes seront bientôt des cyborgs, c’est-à-dire des hommes-robots. La vision des bio-conservateurs s’oppose ici à celle des enthousiastes transhumanistes qui nous dépeignent déjà l’homme du futur, le ‘’posthumain’’. Les bionconservateurs pensent que le vivant-homme ne doit pas être modifié, surtout pas avec ce grand déséquilibre qui apparaîtrait au profit du corps et de la matière et rien qui laisse voir que la dimension spirituelle s’améliorerait également. En se servant des nanotechnologies, des biotechnologies, de l’intelligence artificielle et des sciences cognitives, les transhumanistes disent prétendre améliorer aussi les caractéristiques mentales des humains ; oui mais le mental n’est pas le spirituel ! En réalité, les améliorations en question risquent de n’être effectives que pour les caractéristiques physiques.

C’est le lieu de nous souvenir qu’il y eut un philosophe français qui, déjà en 1932, en publiant ses Deux sources de la morale et de la religion alors que les avancées de la technologie n’étaient pas encore si importantes, avait perçu le déséquilibre entre un corps démesurément agrandi et réclamant un « supplément d’âme ». Il s’agit d’Henri Bergson qui écrivait alors: « L’homme ne se soulèvera au-dessus de terre que si un outillage puissant lui fournit le point d’appui. Il devra peser sur la matière s’il veut se détacher d’elle. En d’autres termes, la mystique appelle la mécanique. On ne l’a pas assez remarqué parce que la mécanique, par un accident d’aiguillage, a été lancée sur une voie au bout de laquelle étaient le bien-être exagéré et le luxe pour un certain nombre, plutôt que la libération pour tous….Allons plus loin, si nos organes sont des instruments naturels, nos instruments sont par là même des organes artificiels. L’outil de l’ouvrier continue son bras ; l’outil de l’ouvrier est donc un prolongement de son corps. La nature, en nous dotant d’une intelligence essentiellement fabricatrice, avait ainsi préparé pour nous un certain agrandissement. Mais des machines qui marchent au pétrole, au charbon, à la ‘’houille blanche’’, et qui convertissent en mouvement des énergies potentielles accumulées pendant des millions d’années, sont venues donner à notre organisme une extension si vaste et une puissance si formidable, si disproportionnée à sa dimension et à sa force, que sûrement il n’en avait rien été prévu dans le plan de structure de notre espèce ……. Or dans ce corps démesurément grossi, l’âme reste ce qu’elle était, trop petite maintenant pour le remplir, trop faible pour le diriger….Ajoutons que le corps agrandi attend un supplément d’âme, et que la mécanique exigerait une mystique. ».

Au fond, Bergson semble renouveler ici, la leçon des Grecs selon laquelle quand la force prométhéenne n’est pas éclairée par la sagesse de Zeus, elle enchaîne et mutile. Elle ne peut être sauvée du danger que par la force morale. Prométhée est sauvé par Héraclès, le héros moral par excellence.

Le héros moral de Bergson, lui, s’appelle le grand mystique. Et le rôle du grand mystique, selon Bergson toujours, consiste à parachever, avec l’aide de Dieu, la création de l’espèce humaine et faire de l’humanité, ce qu’elle eût été dès le début, à savoir une humanité divine et c’est pourtant en sens inverse qu’elle marche aujourd’hui.

Merci pour votre attention.
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