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Actualité du 06-02-2017

PARTICIPATION AU COLLOQUE INTERNATIONAL DES 28-30 JANVIER 2017 A DAKAR

27-30 Janvier 2017, NJOH MOUELLE a participé comme Invité Spécial sollicité par M. Ousmane Blondin DIOP, Président de l’ONG ALLIANCE DES FORUMS POUR UNE AUTRE AFRIQUE (ALFAA) au COLLOQUE INTERNATIONAL CO-ORGANISE a DAKAR AVEC LES COMMISSIONS NATIONALES POUR L’UNESCO DU SENEGAL, DU MALI, DU BURKINA FASO. Le Ministre de la Culture et de la Communication, M. Mbagnick NDIAYE a eu à prononcer le discours d’ouverture, en présence de l’ancien Ministre Moustapha KA et du représentant du Ministre des Postes et Télécommunications. La rencontre a été clôturée par la prise de parole de l’Invité Spécial à qui il a été demandé de présenter ses REMARQUES EN GUISE DE CONCLUSION DES ASSISES

Je vais commencer par remercier le Président de l'ALLIANCE DES FORUMS POUR UNE AUTRE AFRIQUE ( L'ALFAA), le Ministre Ousmane Blondin DIOP, de m'avoir attribué la responsabilité de vous proposer des remarques conclusives de nos assises. En rappelant que notre colloque est placé sous l'inspiration de la Convention du 20 octobre 2005 portant sur la diversité des expressions culturelles, j'ai choisi de mettre en relief le fait qu'au centre des préoccupations de l'Unesco dans cette Convention, se trouve le sort des expressions culturelles des pays en voie de développement et en particulier des pays africains. Car il ne vient à l'esprit de personne que c'était les cultures des pays riches qui avaient besoin d'être protégés, mais que, bien au contraire, la protection s'envisageait et s'envisage toujours par rapport aux cultures de ces pays développés et riches.

C'est pourquoi dans ses ‘’Considérants’’ qui orientent résolument vers l'action, nous trouvons l'énonciation de trois ordres de nécessités ainsi que celle d'une prévention.:

- La nécessité de prendre des mesures pour protéger la diversités des expressions culturelles et par conséquent leurs contenus,

- La nécessité de prendre en compte le fait que les aspects économiques de la culture sont réels et participent aussi à l'éradication de la pauvreté,

- La nécessité de stimuler la créativité et l'esprit d'entreprise. En se donnant pour thème "Produire et préserver les biens culturels à l'ère du numérique", le présent colloque répond à la mention de cette orientation.

- La nécessité de prévenir les risques de déséquilibres entre pays riches et pays pauvres que crée la mondialisation.

S'agissant de ce dernier point, il est à constater que les déséquilibres sont déjà réels et se trouvent étagés à quatre niveaux décroissants que sont:

- 1- Le niveau des États-Unis d'Amérique qui hébergent les géants du Web que sont Google, Apple, Facebook, Amazon , Microsoft, propriétaires des divers réseaux sociaux, sans oublier IBM.

- 2- Le niveau de la Chine, du Japon, de l'Inde et de la Corée du Sud

- 3- Le niveau Europe, avec la Grande Bretagne, l'Allemagne, la France,

- 4- Le quatrième niveau est celui des pays en voie de développement parmi lesquels les pays d'Afrique.



A partir de cette situation de déséquilibre déjà existant, la question qui se pose est celle-ci: Les cultures africaines devraient-elles compter sur les géants du Web pour se soucier de la protection et de la défense de leurs cultures? eux qui ne sont préoccupés au premier plan que de gagner beaucoup d'argent ,encore et toujours? La réponse est évidemment non! Mais il faut s'empresser d'ajouter ceci: Sur certaines solutions et certains procédés déjà mis au point par ces géants du Web, l'Afrique ne devant pas s'embarrasser de les ré-inventer, aurait plutôt intérêt à s'orienter vers la demande d'exploitation des brevets déjà déposés par eux. Je vais évoquer des cas précis dans un moment.

Parmi les tendances émergentes dans les technologies du numérique qui devraient pouvoir être exploitées par l'Afrique, je voudrais mentionner:

- 1- La forte croissance de la capacité des processeurs s'accompagnant d'une baisse parallèle des prix, consécutive elle-même à la surproduction des biens.

- 2- L'accroissement conséquent des capacités de stockage par les supports physiques des contenus que sont les serveurs en même temps qu'un accroissement des possibilités d'accès aux données, à travers le perfectionnement continuel des terminaux que sont les ordinateurs, les tablettes, les Smartphones.

- 3- La création des intermédiaires numériques que sont les logiciels proposant aux visiteurs des sites web de certaines institutions, des plans des lieux, des vues et des perspectives sur des sites ainsi que des commentaires de guidance. Ce serait le cas, par exemple, pour le Centre Pompidou, le Château de Versailles et le musée du Louvre en France.

- 4 - Les entreprises du groupe GAFAM ont créé ce qu'ils appellent des Assistants personnels, des sortes de boîtes vocales et conversationnelles programmées pour dialoguer avec des personnes cherchant des informations dans des domaines tels que la recherche de bons restaurants, des hôtels de divers niveaux de prix, la météo, l'état des encombrements de la circulation, etc. Ce sont des objets dits "intelligents" et équipés de logiciels permettant de l es connecter avec d'autres objets intelligents, notamment dans le secteur de ce qui s'appelle la domotique, conduisant à organiser des maisons dites intelligentes! Google home, Axelle,Siri, par exemple, sont les noms donnés à ces assistants conversationnels mis au point respectivement par Google, Amazon et Apple.



Que peut-on faire avec toutes ces possibilités existantes?

-Au niveau des musées: Pour ne pas laisser faire notre travail en Afrique par les détenteurs des brevets d'invention de ces logiciels d'intermédiaires numériques susceptibles de guider des visiteurs dans nos musées, il pourrait être envisagé de négocier l'achat des licences d'exploitation des dits brevets.

Les divers sites touristiques tels que celui de Gorée dont il a été question ici, et bien d'autres qui existent dans nos divers pays, devraient également améliorer leur capacité d'atteindre ou d'attirer un public de visiteurs plus large et plus diversifié, en ayant recours au même procédé d'achat de licences d'exploitation des logiciels déjà mis au point.

Les sites Internet des organismes publics s'occupant du tourisme devraient être équipés de vidéos proposant le visionnage des lieux touristiques considérés comme des produits touristiques qu'il faut présenter et inviter à visiter: marchés typiques, chutes d'eau, spectacles vivants, tels des festivals, etc.

Le fait pour moi d’insister sur cette idée d’achat des licences d’exploitation des brevets est destiné à souligner la nécessité pour les Africains eux-mêmes de contrôler les contenus culturels à diffuser au lieu de s’en tenir à la solution de facilité consistant à se dire que l’Étranger est plus fort et a déjà fait le travail pour nous.



A propos du rôle de l'État: Beaucoup d'intervenants, sinon tous, ont chacun mis l'accent sur le rôle incontournable que l'Etat, dans tous les pays africains devrait jouer, non seulement au plan de la règlementation favorable à l'encouragement de l'entreprenariat culturel, mais de façon plus précise ici et pour les institutions publiques, en achetant lui-même des licences d'exploitation des logiciels de ces intermédiaires numériques proposant des commentaires, des images, des plans de sites.



Au niveau inter-africain, il pourrait être envisagé de créer des structures importantes de recherche opérationnelle chargées de la conception des applications numériques qui soient la propriété des Africains et à utilisables dans les organismes publics s'occupant du tourisme, un secteur de l'économie concerné au premier plan par la diffusion et l'exploitation économique des productions culturelles. Il s'agirait d'identifier des informaticiens africains que la puissance financière des pays du Nord peut facilement attirer dans leurs équipes moyennant de très gros salaires; de les mettre en association avec des groupes culturels en vue de produire des logiciels et des applications à exploiter au profit de la large diffusion et de la protection des cultures à travers le soin à mettre à la qualité et à l'authenticité des contenus proposables .



Quelques industries culturelles numériques déjà réalisées sur le sol africain font espérer un avenir prometteur

-1- YEELENPIX est le nom donné par son inventeur à une banque d'images d'Afrique. Il est ivoirien et s'appelle Moussa Fofana; il s'est associé deux de ses amis en les personnes d'Alex Yaovi Poblah, d'origine béninoise, et Maguette Mbow, d'origine sénégalaise. Ce groupe a conçu et mis en œuvre l'idée de créer une banque d'images numériques sur l'Afrique, avec la collaboration de photographes de talent contactés en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Ghana, en Tunisie, au Nigeria, au Cameroun. Cette jeune start-up est basée à Paris et propose donc des illustrations et des images exclusivement africaines et traduisant une vision réaliste et contemporaine de l'Afrique.

-2- Dans le domaine du jeu vidéo, je vous parle à présent du projet mené à son terme par le jeune Camerounais Guillaume Olivier Madiba et qui porte le nom de baptême de Kiro'o Games. Un jeu vidéo inspiré de la culture africaine et ayant reçu dès le départ le soutien du ministre camerounais en charge de la culture. Guillaume Olivier Madiba est un analyste informaticien de formation. Il explique lui-même qu'il a puisé son inspiration chez les Massaï de la région des grands lacs, en ce qui concerne les tenues ; le nom même de kiro'o viendrait de la langue swahili.

- 3-Il me plaît de mentionner ici le cas de l’inventeur de la première tablette médicale africaine grâce à laquelle des populations des zones rurales et reculées peuvent se faire passer des examens cardiaques exploitables au loin grâce à la connexion Internet. Il s’agit de la production du jeune ingénieur en informatique d’origine camerounaise, Arthur Zang, diplômé de l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé. Le cardiopad d’Arthur Zang est déjà commercialisé et permet à son inventeur de gagner de l’argent.

-4- Industries cinématographiques: Permettez que je mentionne pour terminer, au plan cinéma, l'existence de Nollywood au Nigeria, 3ème producteur mondial de films au plan quantitatif, derrière Bollywood et Hollywood. La firme i Roko TV est l'entreprise qui a rendu l'industrie nigériane du film accessible à la diaspora africaine.



Les niches de créativité ont fait l'objet de présentation dans les exposés de la journée d'hier samedi 28 janvier. Il existe en effet de nombreuses niches attendant le déploiement de la créativité de tous, y compris en particulier des jeunes. Au sujet des jeunes, je crois que ce qui nous a été dit ce jour, en termes de réalités de terrain, étant donné que les exposés du premier jour se sont consacré à évoquer les aspects conceptuels et d'orientation de l'économie numérique dans le culturel, est très édifiant et fait espérer un avenir prometteur. Les projets et les réalisations dont il a été question sont très encourageants et méritent le soutien de tous, sans qu'il soit nécessaire de souligner à outrance la séparation des générations!

S'agissant de niche de recherche, j'attire l'attention sur la nécessité de veiller à trouver un moyen sûr permettant de payer leurs droits d'auteurs à ceux qui les méritent. Il a été souligné les dysfonctionnements nombreux dans ce domaine. C'est l'occasion pour moi d'inviter nos informaticiens, jeunes et plus âgés, (seule la compétence importe ici) à penser mettre au point un logiciel qui permettrait de calculer avec précision les montants dus chaque année par les chaînes de télévision aux auteurs des chansons diffusées par elles.



Les biens culturels doivent profiter à ceux qui les produisent. Le débat concernant la nature non commercialisable de la culture n'a pas prétendu priver les créateurs des biens culturels de la rémunération de leur travail. Comment imaginer que Moussa Fofana et ses amis ne cherchent pas à se faire rémunérer au travers de l'exploitation de leur banque des images africaines? Ni Arthur Zang bénéficier des retombées financières de son invention ? Ce n'est pas des bibliothèques qu'on vend, ni des sites touristiques en tant que tels, ce sont les services offerts à ceux qui sont invités à les visiter et les découvrir.

Je voudrais, pour terminer ces remarques conclusives, insister sur la nécessité en Afrique de prendre des initiatives pour créer et mettre au point ses propres instruments en vue d'une participation à l'économie du numérique qui ne l'enferme pas dans son statut habituel de consommateur, mais qu'il s'engage à devenir lui-même un producteur proposant aux autres les produits de sa recherche, comme c'est le cas dans le sud-est asiatique dont il est régulièrement rappelé qu'il était à peu près au même niveau de développement que l'Afrique au début des années Soixante, mais se retrouvent à plusieurs longuers devant l'Afrique aujourd'hui. Ils se sont engagés très sérieusement et avec succès dans la recherche. Il faudrait que l’Afrique suive la même voie !

Je vous remercie de votre aimable attention.

Professeur E.NJOH MOUELLE
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Prise de notes préparant les remarques conclusives

L'interview du Ministre de la Culture à la cérémonie d'ouverture

Avec l'ancien Ministre Moustapha KA à l"extrême droite

Avec le Représentant Régional de l'UNESCO pour l'Afrique de l'Ouest

Poignée de main avec M Moustapha TAMBAROU

Avec un membre Mauricien de l'ONG ALFAA

Sur la gauche du Ministre de la Culture, M. Ousmane Blondin DIOP Président de l'ONG ALFAA, ancien ministre, costume kaki
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(C)octobre 2007 Réalisation BDSOFT