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Actualité du 17-08-2007

Libreville. Présentation de son oeuvre au colloque

Le colloque n'aura connu de suspension que durant la matinée du 17 Aout pour cause du defilé de la fête nationale. Dè le début de l'après midi les travaux du colloque ont repris avec force et vigueur. Entre autres présentations de leurs oeuvres par les auteurs, il y'a eu celle du philosophe vedette de la rencontre le Pr Ebenzer Njoh Mouelle.

Mesdames,

Messieurs,





C’est une tâche difficile à accomplir, à savoir présenter en quelques minutes une œuvre qui se décompose en de nombreux titres. Il n’est pas superflu de commencer par citer quelques uns au moins de ces titres :

- l’Essai sur la signification humaine du développement beaucoup plus connu sous le titre De la médiocrité à l’excellence, 1970

- Développer la richesse humaine, 1980

- Les trois Jalons : Jalons I, (Recherche d’une mentalité neuve) 1970

Jalons II, (l’Africanisme aujourd’hui) 1975

Jalons III, (Problèmes culturels) 1987

- Considérations actuelles sur l’Afrique, 1983

- La Philosophie est-elle inutile ? 2002

- Discours sur la vie quotidienne, 2007



Avant d’aller plus loin, je voudrais souligner le regret qui est le mien d’avoir donné le titre de Jalons à une série de textes, articles et communications à des colloques, qui auraient mérité d’être rendus plus visibles à travers des publications indépendantes.



Tel est le cas des textes tels que :

- les tâches de la Philosophie aujourd’hui en Afrique (Jalons I)

- Sagesse des proverbes et Développement (Jalons II)

- Langues africaines et réflexion philosophique (Jalons III)

- La double vie spirituelle des chrétiens bantous (Jalons III)

- L’intérêt pour le beau dans la création artistique négro-africaine

- Libres réflexions sur la nouveauté et l’africanité de la théologie nouvelle.



La publication intitulée «La philosophie est-elle inutile» aurait pu en réalité s’appeler Jalons IV, parce qu’elle est conçue comme les trois premiers Jalons et contient six textes, six essais tournant autour de la question de l’utilité :

- L’art, la science et la question de l’utilité

- Temps vécu et temps de la production aujourd’hui en Afrique noire (qui aurait pu s’intituler, de l’utilisation du temps en Afrique pré-industrielle)



Avant d’aller plus loin dans la caractérisation de ce qu’on chercherait à considérer comme l’axe central de mes écrits, je voudrais préalablement dire un mot sur une question à laquelle je n’ai pas consacré un livre, je veux parler de l’ethnophilosophie ou de ce qui était présenté comme philosophie africaine ancestrale et traditionnelle.



Le vocable «ethnophilosophie» n’a pas été forgé par les chercheurs en pensée africaine eux-mêmes, tant s’en faut.

Il est bien connu de tous, que cette expression a été forgée par les critiques de cette orientation, notamment Paulin Houtondji et Martien Towa. Ce qu’ils ont voulu dire et qui était la lecture de plusieurs autres africains dont moi-même, était que ces africanistes africains se livraient à une activité de défense et illustration de la valeur d’une culture africaine plusieurs fois malmenée par le regard colonial extérieur. Tout le mouvement de la négritude s’était déjà inscrit dans cette logique de militantisme en faveur de la reconnaissance –réhabilitation des cultures «indigènes» africaines. Ce militantisme se justifiait amplement et s’était vu soutenu par tout le monde. Il avait un caractère politique. Fallait-il le pousser jusque dans la sphère scientifique et philosophique ? C’est ici que les points de vue ont divergé.



En effet, cette orientation des travaux était commandée par le parti-pris de démontrer vaille que vaille que l’Afrique n’était pas ce qu’on disait d’elle en Occident ; qu’elle avait sa personnalité propre et qu’en matière de philosophie notamment, elle n’avait pas fait moins que les autres. C’était une démarche à visée apologétique qui n’a rien à voir, ni avec l’esprit scientifique, ni avec l’esprit philosophique. Car il faut le reconnaître, l’apologie du passé et de la tradition africaine a fait très peu de place, si jamais, à l’analyse critique de cette tradition africaine.



Ma position que je viens en quelques sorte de résumer peut être lue dans trois de mes textes principaux, notamment dans «Considérations actuelles sur l’Afrique» (P 24-26) (voir site) Jalons II, l’Africanisme aujourd’hui et l’aspiration à être (Autobiographie intellectuelle) (P 31-34) (voir site).



A PROPOS DES PROVERBES ET DE LEUR VALEUR PHILOSOPHIQUE

Je ne quitterai pas cette préoccupation sans m’arrêter sur une affirmation que j’avais énoncée et qui avait surpris plus d’un. J’ai dit et je continue de penser que les proverbes ne tiennent pas lieu de la philosophie.



En effet, si la philosophie est de la pensée, toute pensée n’est pas philosophie. La pensée ce sont des idées. Mais les idées peuvent être données en vrac, en désordre. Elles peuvent aussi être classées ou organisées dans des raisonnements conduisant à des conclusions qui sont elles-mêmes d’autres idées. Quand on parcourt un recueil de dictons et de proverbes par exemple, on a affaire à des pensées ayant une allure universelle dans leurs énoncés, mais qui sont l’expression des constats de la réalité, voire la description de cette réalité. Quand on dit «celui qui cache quelque chose de pourri sentira mauvais» (proverbe toucouleur), que fait-on d’autre sinon refléter ce que l’expérience a permis de vérifier plusieurs fois ? Quand je dis que les proverbes se limitent à décrire le monde et qu’ils parlent à l’indicatif, je ne dis rien de péjoratif à leur sujet. Je dis la même chose concernant les lois scientifiques qui permettent de comprendre le fonctionnement des choses et du monde. Et il ne vient à l’esprit de personne d’affirmer que la connaissance scientifique est d’emblée une connaissance philosophique.



Si les proverbes procèdent de l’observation, la science fait de même ; elle va certes plus loin en mettant au point des instruments plus sophistiqués qui lui permettent d’effectuer des observations plus fines et plus poussées que celles obtenues à partir de nos cinq sens seulement.



La philosophie n’est pas descriptive en son essence. Elle s’applique à ce qui est décrit, donc observé. Elle est soucieuse de l’unification de toutes les observations et de tous les savoirs qui en résultent dans le but de leur donner un sens, ou plus exactement de leur trouver un sens. Quand des proverbes se contredisent par exemple, chacun demeure enfermé dans la vérité factuelle qu’il contient. La tâche première de la philosophie se situe dans la confrontation critique des données éparses, des savoirs particuliers, en vue de leur trouver une unité éventuelle de sens. Mais pour se livrer à cette tâche, il faut être armé d’une méthode et des instruments intellectuels adéquats.



Le philosophe est celui qui, bien que se servant des mots du vocabulaire courant, s’applique à donner à ceux qu’il emploie, des contours précis de significations. Le philosophe s’attarde à ciseler les concepts et à donner à chaque terme utilisé un sens précis qui constitue son identité. Il sait ce que «parler veut dire». L’étude de la logique lui permet de rendre rigoureux les raisonnements et de bien fonder les conclusions auxquelles il aboutit.



La démarche philosophique est donc une démarche fondatrice de sens. C’est bien pour cela qu’on a le loisir de constater que les dictons populaires ont bel et bien existé dans tous les pays, mais n’ont pas empêché la naissance des philosophes dans ces temps, tels que Descartes en France, Kant en Allemagne, Miguel de Unamuno en Espagne, etc.



Il faut le dire et le redire : la nature du travail philosophique n’est pas de la description du réel C’est un travail d’affinement des concepts et d’analyse critique de ce réel.

Les notions de cause, de conséquence, d’accident et de substance, d’identité et de contradiction sont les concepts. Il arrive dans l’usage courant qu’on les présente aussi comme étant des idées : idée de cause, idée de conséquence, etc. La distinction du concept par rapport à l’idée permet de donner de l’idée une compréhension qui en fait une notion un peu plus complexe, en ce qu’elle peut impliquer plusieurs concepts dans sa signification.



L’intuition bergsonienne n’est pas l’intuition kantienne. Mais tous les philosophes font la différence entre l’intuition sensible et l’intuition intellectuelle, même si pour certains l’intuition intellectuelle ne peut être expérimentée. Le fait est que tout le monde parle de la même chose. Les philosophes existentialistes ont ajouté une précision au concept d’existence, confondue ailleurs avec celui de vie. Le concept de vie chez Bergson, par exemple reçoit une signification encore particulière.

LE CHOIX DE LA PHILOSOPHIE REFLEXIVE



Ce bref rappel sur la nature du travail philosophique aura été nécessité par ma position sur la valeur philosophique des proverbes. C’est aussi pour introduire à la philosophie réflexive qui est la caractéristique de mes publications.



Je parle de la philosophie réflexive par opposition à la philosophie doctrinaire et systémique. Ma première préoccupation aura été de réfléchir sur le développement, sous-entendu économique, social, culturel, objet des programmes politiques et économiques des nations en voie de développement.



Le vocable du développement a acquis une valeur d’idéologie inarticulée dans les pays du tiers-monde. Il m’a semblé que la réflexion philosophique sur le développement pouvait être une tâche essentielle pour la philosophie.

L’Essai sur la signification humaine du développement, intitulé : «De la médiocrité à l’excellence», ainsi que l’autre essai intitulé «Développer la richesse humaine» sont les tout premiers textes dans lesquels je me suis attelé à la recherche du sens à donner à tous ces programmes de politique économique, sociale et culturelle. Il s’est agi pour moi de voir dans quelle mesure le chemin du progrès que devaient réaliser nos sociétés était celui suivi par les pays nantis et considérés comme «développés». Quel sens se dégageait de ce développement que nous avions sous les yeux et qui tendait à s’imposer à nous comme un modèle ?

Il m’a semblé et il me semble toujours que le plus grand soin est à mettre sur la représentation du type d’homme que tout développement devrait s’atteler à faire naître. Et ce type d’homme devrait être un créatif se situant aux antipodes du consommateur passif que l’organisation de l’économie mondiale nous impose et continue de nous imposer.



En mettant l’accent sur le développement de l’homme individuel, j’évite de ne m’arrêter que sur une abstraction d’homme tel que les statistiques et les divers indices de développement économique le font souvent percevoir. Je m’intéresse au développement des hommes concrets et non aux seules réalisations infrastructurelles.



Je suppose les problèmes matériels des hommes résolus : il y a à manger et à boire pour tout le monde, les équipements sociaux existent en quantité largement suffisante. L’accès aux soins médicaux et à l’éducation est assuré à tous les demandeurs potentiels. Ce n’est qu’une hypothèse de travail à partir de laquelle je me suis demandé si les hommes vivant dans une société ayant résolu tous ses problèmes matériels peuvent être considérés ipso facto comme développés.



Pour tenter de répondre à cette question, il m’aura fallu passer au crible de l’analyse critique les valeurs-objectifs que sont les concepts de richesse, de bien-être, de bonheur, de liberté.



On peut dire que si le type d’homme à promouvoir est le créatif, la valeur de liberté est identifiable comme clé de voûte conceptuelle de mes analyses. L’homme qui aspire à l’excellence ne saurait se maintenir sur la voie s’il n’était pas en même temps convaincu que l’entreprise de libération de nos diverses aliénations est permanente.



Le profil de l’homme créatif qui se dégage de mon tout premier Essai va de pair avec celui de l’homme cultivant le détachement par rapport aux forces matérielles et financières de l’avoir. L’homme du détachement et de la créativité n’est pas un anachorète comme on pourrait être tenté de le conclure rapidement. Certains enseignants chargés d’expliquer l’Essai sur la signification humaine du développement en classe terminale ont parfois laissé entendre que je prônais une attitude tournant le dos à l’avoir, donc aux biens matériels. Il est évident qu’une lecture attentive de ces textes permet de rectifier cette interprétation. L’attitude de détachement n’est pas à confondre avec celle de rejet ou de condamnation de l’avoir. C’est une attitude qui se comprend mieux à travers cette formule que j’ai souvent utilisé et selon laquelle «on ne possède réellement que ce qu’on sait donner». Le détachement est un antidote de l’égoïsme et de toutes sortes d’égocentrismes.



Sur cette idée de détachement, mon tout dernier Essai intitulé «Discours sur la vie quotidienne» propose un approfondissement de l’analyse.



Avant ce denier Essai, et toujours sur la philosophie du développement, les textes antérieurs ont procédé identiquement à des analyses dont le seul but a toujours été de procéder à des tentatives de clarification. C’est le cas des textes tels que celui du «Temps vécu et temps de la production aujourd’hui en Afrique Noire». J’avais déjà traité de cette notion dans l’Essai sur la signification humaine du développement. Il a reçu un développement plus approfondi dans ce texte. Il était question pour moi d’éclairer la compréhension de l’idée reçue selon laquelle l’Africain n’aurait pas la notion du temps. Le temps vécu par l’Africain dans le cadre d’une économie de subsistance ne l’empêche pas de s’adapter aux exigences de l’ère de la production industrielle qui introduit les notions de contrat de travail, de dates de livraison, de quantités de produit à livrer, de programmes, de planification, etc.



Quant au texte sur l’Afrique Initiatique et la tradition de l’excellence, lui aussi intégré «Dans la philosophie est-elle inutile», il souligne différemment cette idée de détachement par rapport à l’avoir et aux avoirs à travers cette réflexion que rapporte l’ethnologue français Jacqueline Roumeguerre-Eberhardt commentant les impressions de voyage en Europe d’un authentique Maasai du Kenya :

«il comprenait mal qu’on puisse s’embarrasser de tant d’objets inutiles dont on devient les esclaves. Habitué à ne posséder que ce qu’on peut mettre sur le dos d’un âne et de vastes cheptels qui se déplacent sur leurs quatre pattes, il est toujours resté, comme la plupart des Maasai, très détaché face à l’abondance des biens que l’on propose à l’envie de nos confrères si facilement attirés par le piège de la possession. Car, chez nous, poursuit Jacqueline Roumeguerre-Eberhardt, l’important est la conquête des biens, tandis que pour les Maasai on aspire avant tout à la conquête de soi ». (P 100 la philosophie est-elle inutile ?).



Encore un mot sur le détachement qui est un type de rapport personnel à cultiver à l’égard des possessions et de l’avoir en général. Déjà dès le premier Essai sur la signification humaine du développement, j’ai tenu d’entrée de jeu à éliminer comme position indéfendable, celle qui consistait à dire qu’on ne doit pas faire le développement des populations qui n’en ressentent pas le besoin. Le chapitre intitulé «le faux problème de la pauvreté qui s’ignore» est consacré à soutenir qu’il y a un seuil en dessous duquel la dignité de l’être humain ne devrait pas être autant compromise et que ce n’est pas parce que les pygmées de l’ensemble culturel camerounais avaient préféré dormir sur la moquette, se détournant des lits moelleux de leur hôtel parisien en 1963, qu’il pouvait être conclu qu’il fallait laisser les pygmées se contenter du confort approximatif des conditions de couchage auxquelles ils étaient habitués.



Dans le tout récent «Discours sur la vie quotidienne» je reviens sur cette idée quand j’écris en page 25 : «ce n’est pas parce qu’on s’est habitué à dormir sur une natte, à même le sol, et qu’on finit par y trouver un accommodement qui ressemble à un confort, qu’on devrait être abandonné à son sort, condamné à ne pas connaître un meilleur couchage plus digne pour la condition de l’homme. Il faut sortir les pygmées de leur hutte de feuilles malgré leur résistance et les faire entrer dans le circuit de développement. D’une manière générale, il faut sortir les populations des pays pauvres de leurs habitations en matériaux précaires pour les faire entrer dans les logements modernes, leur offrant une plus grande sécurité et un confort amélioré».



Pour rester encore quelques secondes sur ce tout dernier Essai publié que je vous laisse le soin de découvrir, je soulignerai simplement, parmi les soucis qui l’animent, celui de la réponse à la question que nous pose notre environnement et qui consiste à connaître ce dont la philosophie pourrait être créditée comme apport dans la grande entreprise de développement. La philosophie ne propose pas des savoirs ou des solutions pratiques prêtes à être utilisées. Toute philosophie qui s’engage dans cette voie se dénonce comme idéologie. La philosophie devrait accorder le maximum de son attention à la clarification des idées et des situations pour faciliter la prise de décisions et les orientations des uns et des autres. C’est à de telles clarifications que j’ai de nouveau tenté de procéder ici, en mettant l’accent sur la nature de l’échange qui prédomine entre les individus tout comme entre les nations, à savoir, l’échange commercial et ses conséquences sur les attitudes et les comportements. Une relation de type commercial fondée sur l’asymétrie entre l’acheteur et le vendeur, une asymétrie qui s’étend et met en relief les «gros intérêts» qui soulignent encore la relation d’affaires qui fonctionne sans état d’âme et sur un fond d’insécurité pour tout le monde. Car malgré les apparences en effet, la sécurité de tous se dégage sur un fond d’insécurité parfois insoupçonné.

Tout étant devenu marchandise, le plaisir, l’amour tout comme le paradis sont proposés à l’achat et parfois de force.



On retrouve cette idée de sécurité et d’insécurité dans plusieurs de mes textes, à commencer par Jalons I, «Développer la richesse humaine» dans lequel j’inscris la créativité et le créatif dans un contexte de risque. Il existe parfois, sinon toujours, un risque accompagnant toute création ou toute génialité.



Aux côtés des textes que je viens de mentionner, et de survoler quant à leur contenu et leur rapport avec la question centrale du développement et de la liberté, il existe quelques autres textes abordant les sujets relatifs à l’art et à la religion. Il s’agit par exemple des textes intégrés dans Jalons III et qui sont ignorés pour la raison que j’ai indiquée au début. C’est le cas de l’Essai sur la double vie spirituelle des chrétiens bantous, le cas de l’Essai intitulé «Libres réflexions sur la nouveauté et l’Africanité de la théologie nouvelle, le cas enfin de ma réflexion sur la question de savoir si le beau et la beauté ont préoccupé effectivement le créateur artistique africain, notamment dans l’art de la statuaire, la décoration et la parure par exemple.



Je me suis risqué ici à tenter une interprétation :



«La décoration peut ainsi s’interpréter comme une espèce d’ingrédient destiné à «relever» l’objet décoré, c’est-à-dire à lui donner davantage de vie et de puissance. C’est comme un souffle de vie que l’artiste-artisan insuffle à ses créations qui, autrement, demeureraient de simples objets matériels et ustensiles. Cet ingrédient est ce que nous avons caractérisé comme supplément d’être et qui confère la beauté. Les motifs décoratifs, même quand ils sont la figuration des animaux et des végétaux, ne prétendent pas à la reproduction fidèle de ceux-ci. L’artiste ne retient du lézard que sa ligne essentielle et ne s’arrête pas aux détails. En cela se voit le côté symbolique du motif choisi et qui nous semble retenir le plus grand intérêt dans la situation traditionnelle. Car quand bien même l’artiste réalise une composition décorative en associant plusieurs symboles de telle manière ou de telle autre, cette composition décorative se présente à la fois comme ce qui confère sa personnalité propre à un objet telle une jarre ou une calebasse et un nœud de significations». (P 59-60).



Ce que j’ai mis en relief dans ce texte concerne l’idée de supplément d’être qu’ajoute la parure et la décoration, ainsi que l’idée de puissance. En effet, l’intérêt des statuettes réside dans la puissance investie en elles et dont l’homme peut se servir pour guérir, envoûter, enrichir, anéantir. «Si, dans l’ornement et la décoration, la puissance apparaît comme une résultante du supplément d’être et de la vitalité, dans la statuette, tout commence avec l’affirmation et la recherche de puissance».

Bien évidemment, il ne s’agit là que de tentatives d’interprétations qui ne garantissent rien de la vérité au sujet de ces questions. L’analyse est plutôt problématisante en ce qui concerne l’idée du beau en soi.



Comme on peut le voir, je me suis hasardé par deux ou trois fois dans une sorte d’herméneutique de l’objet d’art de l’Afrique noire traditionnelle, sans intention de prêter aux créateurs, artistes-artisans du passé, des idées qui sont les nôtres aujourd’hui.

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Avant de conclure, et sans tout à fait abandonner les toutes dernières remarques que je viens de tirer du texte de Jalons III intitulé «L’intérêt pour le beau dans la création artistique négroafricaine», je voudrais contribuer à équilibrer ce jugement sévère dont le livre du RP Placide Tempels a été l’objet. Bien sûr en tant que prêtre et missionnaire, il a cherché à connaître l’âme africaine pour mieux adapter sa pédagogie d’évangélisation. Mais comment nier le fait qu’il est celui qui aura déclenché le mouvement de recherche dont se sont emparés les africains eux-mêmes ? C’est pourquoi j’ai donné raison à Paulin Hountondji qui a parlé de «l’effet Tempels». En effet, en page 32 de mon autobiographie intellectuelle contenue dans l’ouvrage collectif déjà mentionné «l’aspiration à être», j’écris ce qui suit :



«Quand par la suite, Hountondji parle de l’effet Tempels, il n’a que trop raison. Je crois aussi en effet que le livre du Révérend Père Placide Tempels, la philosophie bantoue, dont la troisième édition parait aux éditions Présence Africaine en 1949 à Paris, aura agi comme un facteur libérateur ayant eu comme effet d’encourager les jeunes chercheurs africains dans leur entreprise de «défense et illustration» du passé culturel et traditionnel africain».



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Que dire brièvement en guise de conclusion ? Je vais m’inspirer de la conclusion de mon autobiographie intellectuelle. J’ai toujours pensé et je pense encore qu’il faut adopter une attitude libre à l’égard des doctrines et autres idéologies dont aucune ne saurait épuiser toute la philosophie. La vraie philosophie est opposée à tout totalitarisme comme à tout esprit de système. Ma philosophie se veut essentiellement et permanemment réflexive et analytique, un peu comme les phares antibrouillards. C’est de cette façon qu’elle pourrait éclairer sans embrigader.




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Une vue de la salle

Une autre vue de la salle

Une photo regroupant Gabonais et Camerounais

Njoh Mouelle quitte le Salon, accompagné par ses hôtes Gabonais

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(C)octobre 2007 Réalisation BDSOFT