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Actualité du 03-08-2009

Bref commentaire sur le discours du Président Barack Obama à Accra

Le discours très attendu du Président des Etats Unis Barack Obama lors de sa visite à Accra les 10 et 11 juillet 2009 a suscité de la part de Njoh Mouelle le bref commentaire que vous pouvez lire ici.

A Accra, le Président Obama a parlé à partir de sa posture de président des Etats-Unis d’Amérique, certes, mais aussi, à divers moments, à partir d’une posture ressemblant à celle d’un chef d’Etat africain. Qu’il déclare que « l’avenir de l’Afrique appartient aux Africains » se conçoit normalement ; mais qu’il ajoute dans la foulée que « les peuples d’Afrique sont prêts à revendiquer cet avenir » exprime un engagement de la part de quelqu’un qui se sent un peu « peuple d’Afrique lui-même ». Cette formule le place du côté de ces peuples d’Afrique comme s’il en était un porte-parole. Cette observation permet de comprendre pourquoi ça et là, parmi les conseils et prises de position qu’il décline, aucun Africain ne saurait lui dire qu’il perçoit mal les intérêts de l’Afrique.

Prenons le cas de la question de l’Aide au développement ; Obama dit qu’elle n’est pas une fin en soi. L’objectif de l’Aide doit être de créer les conditions dans lesquelles elle ne sera plus nécessaire. Mieux que cela, Obama dit que les Etats-Unis et l’ensemble de l’Occident ne devraient pas se limiter à fournir l’aide au développement ; ils doivent devenir de vrais partenaires dans la création des capacités nécessaires pour un changement transformateur. On croirait entendre un Responsable d’Afrique. Même s’il ne s’agit pas d’idées nouvelles, même s’il s’agit du déjà entendu, il y a lieu de reconnaître que la manière de le dire est nouvelle

S’agissant de la croissance, de l’industrialisation et de la consommation des ressources naturelles, j’ai apprécié le fait que Obama ait déclaré que « si les gens se sortent de la pauvreté et que la richesse se crée en Afrique, il s’ensuit que de nouveaux marchés s’ouvriront pour nos (leurs) propres produits. Tout le monde y gagne. Je corrigerais en disant tout le monde doit y gagner pour souligner la nécessité d’une volonté politique des plus forts pour faire en sorte qu’il en soit ainsi ; car il n’ y aurait rien de mécanique qui ferait aller les choses dans ce sens. Je voudrais espérer que Obama perçoit bien les choses ainsi puisque, évoquant les changements climatiques et la pollution de l’air, il affirme là aussi la nécessité de coopérer avec l’Afrique dans le sens d’aider les pays à accroître leur accès à l’énergie tout en contournant les phases les plus polluantes. Référence est faite ici à l’exploitation de l’énergie éolienne et solaire pour laquelle les pays riches devraient aider l’Afrique.

Mon attention a encore été retenue par cette autre prise de position par laquelle le Président Obama encourage l’industrialisation de l’Afrique, contrairement à la politique coloniale et néocoloniale, ainsi qu’à la vision pas très voilée de ce que devrait impliquer la doctrine du développement durable. Il dit ceci : « Les pays réussissent lorsqu’ils multiplient les industries d’exportation, se dotent d’une main-d’œuvre qualifiée et font la place aux petites et moyennes entreprises, créatrices d’emplois. »

Ici, je me serais attendu qu’il nous parle de ce qu’il entendrait faire de l’African Growth Opportunity Act (AGOA) par lequel les Etats-Unis offrent aux pays africains d’exporter en franchise douanière vers le marché américain une longue liste de produits divers. C’est une loi dont les pays africains n’ont pas encore tiré le plus petit profit. Il est à regretter qu’une limite d’effectivité lui ait été fixée dans le temps. L’AGOA cesserait en effet d’être en vigueur au-delà de 2015 ! Il est souhaitable que les gouvernements africains demandent à Obama d’aider à la prorogation de la durée d’effectivité de cette loi. Ce serait l’occasion de faire fonctionner de véritables partenariats dans le cadre desquels l’Amérique aiderait l’Afrique à construire des usines et à bénéficier du savoir-faire américain pour la fabrication des produits selon les normes du marché américain. Un réel, utile et authentique transfert de technologies aurait alors l’occasion de s’effectuer ici et pour les intérêts partagés des parties. Le vrai partenariat suppose en effet que les partenaires partagent le même projet.

Evidemment, les Africains qui ont entendu Obama leur demander de cesser de continuer à accuser le colonialisme et à le rendre responsable en permanence de leurs difficultés à avancer ne sont pas d’accord avec lui sur ce point. Je ne suis pas d’accord non plus avec le président Obama quand il laisse l’impression de penser que toute et l’entière responsabilité du retard continuel de l’Afrique repose désormais sur les Africains eux-mêmes. Le néo-colonialisme reste fortement agissant et s’appelle la défense des intérêts économiques et culturels des anciennes puissances coloniales.

Tout ce qui précède a bien davantage retenu mon attention que le passage, tout aussi pertinent de ce discours consacré à la démocratie et à la corruption : « L’Histoire est du côté de ces courageux Africains et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d’Etats ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L’Afrique n ‘a pas besoin d’hommes forts mais de fortes institutions » ; et il ajoute : « L’Amérique soutiendra ceux qui agissent de façon responsable et isolera ceux qui ne le feront pas ».

J’ajoute à ce sujet qu’il faudra que les grandes puissances cessent de penser qu’elles créent une quelconque tourmente aux dirigeants autocrates du genre Mugabe, en prenant des mesures de rétorsion du genre « suspension de l’Aide au développement » ou encore embargo commercial aux dépens de tel ou tel pays ! Ce sont les innocentes populations qu’on fait souffrir doublement.
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(C)octobre 2007 Réalisation BDSOFT