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Actualité du 04-12-2012

Douala, le dimanche 2 décembre, LE NGONDO, EDITION DE 2012

Beaucoup de ressortissants Sawas ne pensaient pas que la fête annuelle de cette organisation traditionnelle allait avoir lieu. L’affaire de l’attribution de son espace de manifestation à un industriel d’origine nigériane ayant jeté son dévolu sur cet endroit pour la construction d’une cimenterie avait plongé plus d’un dans le doute. Njoh Mouelle a assisté à la fête.

Des arrangements plus ou moins boiteux et suspectés de toutes sortes de compromissions y compris en corruption, ont néanmoins permis de faire organiser la cérémonie finale comme d’habitude, sur les mêmes lieux, mais devant une assistance fort réduite. Ce climat délétère aura été ponctué toujours dans la tristesse par le décès du chef du canton Bell, le prince René Douala Manga Bell, le 6 novembre 2012.

Rien d’autre à dire de cette fête, sauf que pour les diverses compétitions habituellement organisées, le canton du défunt Prince René Douala Bell aura raflé tous les prix dans toutes les catégories de lutte traditionnelle ainsi que le prix de la miss Ngondo. Seule la course de pirogues aura échappé au canton Bell, le vainqueur habituel lui-même, la pirogue des Ewodis, s’étant contenté de la troisième place.

Il n’empêche qu’à l’occasion de la préparation de cette édition du Ngondo , E. Njoh Mouelle a été sollicité du côté de la réflexion sur l’avenir de cette institution. On peut lire ci-après un texte contenant des propositions qu’il a eu l’occasion de soumettre à un comité chargé de repenser le NGondo.

LE NGONDO DANS SON IMPLICATION A LA PROBLEMATIQUE DU CAMEROUN ET SON ADAPTATION A LA MODERNITE



I-LE DEVELOPPEMENT DU ‘’KAMERUN’’ ORIGINEL SOUS LE COUVERT DU NGONDO

Le projet Kamerun remonte aux traités du protectorat signés en 1884, avec le soutien du Ngondo. Dix-huit ans après, soit en 1902, les termes du traité ont commencé à être bafoués par le partenaire Allemand. Une situation qui a permis à l’Assemblée Traditionnelle du peuple duala de se mettre à jouer un rôle éminemment politique. L’origine et la mission originelle du Ngondo sont connues. La recherche d’une instance d’arbitrage des conflits a donné à la première Assemblée traditionnelle du Peuple douala une mission et un statut d’instance judiciaire coutumière adossée sur une dimension mystico-religieuse par laquelle il fallait imprimer le sens de la discipline et du respect de l’ordre établi dans la conscience de tous. Le Protectorat a été sollicité pour renforcer en quelque sorte la fonction arbitrale.

Mais le Ngondo s’est vu poussé par les circonstances à évoluer très rapidement dans ses missions à partir du moment ou le partenaire allemand a commencé à s’écarter de la lettre et de l’esprit des traités signés, notamment en ce qui concernait la clause stipulant que « les terrains cultivés (par nous) et les emplacements sur lesquels se trouvent des villages doivent rester la propriété des possesseurs actuels et de leurs descendants ». Une autre clause de réserve demandait que soient respectés les coutumes et les usages locaux.

Le non-respect de ces clauses de réserve ayant révélé que le Protectorat était en train de se transformer en colonisation, le Ngondo monta au front politique en réagissant par des pétitions à destination du pouvoir allemand. La première pétition date de 1902 ; elle dénonçait le non-respect de la lettre et de l’esprit du traité et condamnait avec force les exactions perpétrées par le Représentant local de l’Empereur d’Allemagne en la personne du Gouverneur Général Von Puttkammer. La délégation des pétitionnaires était composée des chefs des cantons Akwa, Bell et Déido. Leur voyage a été payé grâce à une souscription populaire à raison d’un demi mark par personne adulte et valide. D’après le petit livre de Maurice Doumbé Moulongo, l’inspirateur de cette première pétition aura été le fils aîné du Chef des Akwa, le prince Mpondo Akwa.

On connaît la suite de ce qui s’est passé : Si Von Puttkammer fut rappelé en Allemagne, ce qui se fit trois ans après, avant de quitter le Kamerun, il se vengea de Mpondo Akwa qu’il fit déporter à Banyo dès qu’il revint d’Allemagne en 1911, pour le faire ensuite assassiner froidement un jour du mois d’Août 1914, pendant qu’il se rendait à la rivière se baigner sous bonne garde, comme à l’accoutumée. On prétexta contre lui une tentative de fuite. Rudolph Douala manga Bell et Ngosso Din auront été pendus quelques jours auparavant, le 8 Août 1914.

Le Ngondo dont le pouvoir allemand avait suspendu les activités va recommencer à fonctionner en 1949, quatre ans après que les Nations Unies aient placé le Kamerun sous tutelle française et britannique.

Devenu une association politique tout en demeurant l’Assemblée traditionnelle du peuple duala, le Ngondo va saisir l’occasion de la venue en visite à Douala d’une Mission officielle de l’Organisation des Nations unies pour remettre une pétition à la dite Mission. Dans cette pétition, les signataires déploraient, entre autres faits, les faibles pouvoirs reconnus à l’Assemblée Représentative, en matière de possibilité de légiférer.

Après la création de l’UPC en1948, un débat s’est ouvert au sein du Ngondo au sujet de la question de savoir s’il fallait qu’il fusionne dans le parti politique nationaliste qui venait de voir le jour ou non. Le débat fut conclu par la décision de demeurer l’Assemblée traditionnelle du peuple duala qu’elle a toujours été, même si depuis 1902, elle avait pris le virage de la lutte politique.

C’est ainsi qu’en 1954 et 1956, le Ngondo a envoyé deux autres délégations pétitionner à l’ONU, devant la commission de tutelle, en faveur de l’indépendance du Cameroun. La première délégation, celle de 1954 (Betote Akwa et Essaka Ekwalla) fut détournée de sa route, une fois arrivée à Paris. Celle de 1956 (Betote Akwa, Kingue Jong et Mbonde Loko) se rendit effectivement à New York et en ramena des enregistrements de leurs interventions sur des bandes magnétiques.

Le Ngondo avait eu de bonnes raisons d’exercer ce harcèlement sur la tutelle et sa Commission spéciale instituée à l’ONU. En effet, le régime de tutelle était clairement défini par la Charte des Nations Unies. Il devait « favoriser le progrès politique, économique et social des populations des territoires sous tutelle, ainsi que le développement de leur instruction ; favoriser également leur évolution progressive vers la capacité de s’administrer eux-mêmes dans l’indépendance, compte tenu des conditions particulières à chaque territoire et à ses populations, des aspirations librement exprimées des populations intéressées. »

J’ai tenu à évoquer rapidement cette histoire pour deux raisons :

La première : Le Ngondo a fonctionné de 1884 à la veille de l’indépendance en tant que Conscience politique du Cameroun des origines. Un Cameroun initial qui a révélé à travers ses premiers héros, les valeurs de patriotisme, de courage, de dignité et du sens de l’honneur. Des héros qui n’ont pas reculé devant la dure loi du plus fort.

La deuxième raison : Je voudrais relever que dès la naissance du Cameroun initial, les termes de ce que nous appelons aujourd’hui développement étaient déjà dominés par l’opposition entre la loi aveugle de la nature et la loi morale, d’une part, et, d’autre part, l’expression dialectique de la multiplicité face au besoin impérieux d’unité de la direction et d’arbitrage. La loi du plus fort continue aujourd’hui encore à toujours étouffer la loi morale. Et l’institution judiciaire qu’a été le Ngondo a évolué en institution embryon de structure étatique et politique se dressant face à une institution étatique et politique étrangère. La preuve a été faite très tôt qu’il ne pouvait y avoir un partenariat véritable dans un cadre de rapport de forces inégalitaire, ni encore moins entre des protagonistes ne partageant ni les mêmes valeurs, ni le même projet.

II-QUEL AVENIR POUR LE NGONDO ?



Permettez-moi à présent de m’intéresser à ce que le NGONDO pourrait devenir demain. A cet égard, j’avais déjà lu avec beaucoup d’intérêt l’article de Charles Moukouri Dina Manga Bell publié dans le Magazine du NGONDO 2008 et intitulé « Le Ngondo » en quête de développement »-. Dans cet article, Moukouri Dina Manga Bell en appelait à « une réévaluation du concept originel « Ngondo » afin de l’adapter aux exigences du temps et peut-être aux injonctions de la « modernité » avec son superflu de subterfuges économiques pour ne pas dire ses gadgets sulfureux, injustes et frauduleux, destinés au Tiers-Monde ». Ce que j’ai retenu de plus important est l’expression de son optimisme quand il conclut l’article en écrivant : « J’ai.la nette conviction que le « Ngondo » finira par provoquer un sursaut collectif chez les Sawas, afin qu’ils perçoivent cette fine lueur d’espoir qui pointe à l’horizon et reste en partage entre les peuples de l’oralité africaine et ceux de l’humanité entière ».

Je vais structurer mes propres réflexions à partir de la distinction judicieuse et utile que rappelle Valère Epée dans son livre « Le Paradis tabou » entre le Ngondo en tant qu’institution d’une part et, d’autre part, le « Ngand’a Ngondo », la « Fête du Ngondo » d’autre part. En effet il devient difficile aujourd’hui au Ngondo- institution de traiter des litiges. Le Protectorat avait déjà estimé que le Ngondo ne pouvait plus fonctionner comme un Etat dans l’Etat.

Que faire ?

Le Ngondo devrait se reconcevoir en termes modernes de projet cohérent intégrant les fonctions d’institution traditionnelle et de fête. L’institution pourrait-elle faire de nouveau fonctionner les « classes » ou « sociétés initiatiques »permettant de former et d’éduquer la jeunesse au plan de la tradition et à celui de l’édification de la personnalité ? Le Ngondo pourrait aussi revenir à l’une de ses missions initiales, à savoir la mission économique. Il s’agirait pour lui, aujourd’hui, en tant qu’institution, de se donner une forme moderne d’association, ce que je crois savoir déjà réalisé ou en voie de l’être. Pour aller dans ce sens, l’institution et la fête de l’institution, autrement dit en douala, le Ngondo et le ngand’a Ngondo fonctionneraient de telle sorte que l’une, la fête, soit le produit touristique vendable de l’autre, à savoir l’association.-institution.

J’ai émis l’idée, pour la première fois en 2008, de créer un carnaval de Douala dans le cadre du Ngondo. C’était en août de cette année-là, quand l’antenne Ngondo de Yaoundé m’avait demandé de présenter, aux côtés de Henri Manga, un exposé sur le Ngondo et son avenir ; ce fut devant son Secrétaire Général de l’époque qui avait effectué le déplacement, le prince Money Akwa. J’avais évoqué l’exemple du Carnaval de Rio de Janeiro en indiquant qu’il a connu une longue et lente évolution dans son histoire. C’est depuis 1920 seulement que les écoles de samba qui sont nombreuses au Brésil, se sont organisées en une ligue à laquelle chaque école s’affilie ou ne s’affilie pas. C’est la ligue qui organise le défilé des écoles de danse pendant le carnaval. Et c’est à partir de 1963 qu’ils ont commencé à faire payer les entrées à ceux qui voulaient assister au défilé des écoles de samba sur le « sambadromo », des sortes de tribunes devenues permanentes sur l’avenue Marquès.

Lors des obsèques du prince Dika Akwa nya Bonambela, le passage des groupes de ngosso bien habillés et représentant les jeunes des douze quartiers du canton Akwa avait été particulièrement remarqué et m’avait profondément impressionné. Je verrais très bien émerger des entrepreneurs culturels dans le secteur, s’engageant à créer des écoles de ngosso, d’essewè ou d’ambas-bay dans les cantons des communautés participant chaque année aux divers concours (lutte traditionnelle, miss ngondo). Une organisation faîtière du genre de ‘’la ligue’’ (à Rio de Janeiro) pourrait être créée pour soutenir la personnalité morale de ces entreprises culturelles. Et le Ngondo, à travers le carnaval, maintiendrait sa flamme d’éclaireuse des origines, en intégrant des écoles de danses typiques du Mbam, de l’Ouest bamiléké, du Nord, etc. Ce serait le carnaval du Cameroun à Douala, un produit culturel vendable !

C’est bien volontairement que j’insiste à utiliser la terminologie d’entrepreneur pour dire qu’il s’agirait de quitter définitivement le temps de l’amateurisme pour accéder à celui d’un professionnalisme correspondant à la modernité. Et pour que ces écoles ne se limitent pas au seul chant et à la seule danse, je verrais bien y insérer la formation éthique et l’information en matière d’histoire et de tradition dispensées par des connaisseurs qui existent et dont les rémunérations seraient prévues dans les budgets respectifs des écoles. Cela aussi ferait partie de l’adaptation à la modernité caractérisable par le professionnalisme.

Voilà pour ce qui est de l’aspect fête. Quant à la dimension Institution du Ngondo, je la verrais dissociée, dans la programmation du jour du déroulement du carnaval. La fête de l’eau, la consultation symbolique des ancêtres devrait retrouver sa programmation très matinale et non ouverte aux touristes et se situant la veille du carnaval, par exemple. La distinction entre le Ngondo et le ‘’ngand’a Ngondo’’ retrouverait pleinement son sens.

Les temps présents pour le Ngondo doivent être des temps de rassemblement et non des temps de dispersion et de querelles, des temps où il faut nourrir des pensées créatrices et positives, et non des ressentiments, des idées négatives et démobilisatrices. Il nous faut faire aboutir les projets déjà engagés, celui du siège et du centre culturel du Ngondo ainsi que celui de l’aménagement du nouveau site de la fête annuelle.

Je vais aller dans le sens des idées de Maurice Doumbé Moulongo qui, après avoir affirmé qu’à son sens la mission politique du Ngondo paraît bel et bien terminée, ajoute néanmoins qu’ « il resterait à l’illustre Assemblée du glorieux et vaillant peuple duala de déployer ses énergies dans d’autres dimensions, d’appliquer son sens de l’initiative à transmettre puis à développer au sein de ses générations montantes, ces grandes et nobles valeurs humaines, ce riche patrimoine idéologique qui furent parfois la marque distinctive de leurs pères : audace et endurance, sens de l’entreprise et des affaires, sens élevé de la nation, de la démocratie, du devoir et de l’honneur, du nationalisme, de la combativité et de la persévérance »

Je terminerai par une citation de celui qui vient tout juste de nous quitter. C’était à l’occasion du Tet’Ekombo au mois d’août dernier, quand, en engageant le chantier du centième anniversaire en 2014 de la pendaison de Rudolph Duala Manga Bell dont la mémoire appartient à la nation camerounaise toute entière, Le Prince René Douala Bell avait lancé cet appel : « J’ose croire en votre disponibilité pour accueillir cette proposition et lui accorder la résonance positive souhaitée, afin qu’ensemble nous puissions émerger des divisions, de la méfiance des uns vis-à-vis des autres, de toute forme de corruption. Et le Prince René Douala Bell concluait : « Alors, nous serons les dignes fils de ceux qui, les premiers, ont compris l’unité de notre pays ».
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Images


Le protocole conduit Monsieur et Madame Njoh Mouelle à leur tribune


Le Gouverneur du Littoral s'entretient avec Mr Njoh Mouelle avant le début des cérémonies

L'arrivée des "BEYOUM BA BATO" avec à leur tête W. ETEKI MBOUMOUA

La tribune des Chefs

La misse Ngondo 2012 et ses dauphines

Vainqueur de la lutte traditionnelle poids lourds 2012(canton Bell)

Le vainqueur de la lutte traditionnelle reçoit son trophée des mains du président sortant du Ngondo, le chef du Canton Akwa

la parade des lauréats

La pirogue des Ewodis (Njoh'a bôlô) arrivée 3eme en cette édition de sa 20eme année d'existence
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