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Actualité du 19-02-2013

15 Février 2013, « L’Idée de progrès dans la diversité des cultures »Présentation du deuxième livre-dialogue Njoh Mouelle/Thierry Michalon

Le vendredi 15 février 2013, dans la médiathèque de l’Institut Français du Cameroun à Yaoundé, Ebénézer NJOH MOUELLE a présenté au public le deuxième livre dialogue ou livre-discussion avec l’universitaire français Thierry Michalon : L’idée de progrès dans la diversité des cultures

Et de deux pour la paire Ebenezer NjohMouelle / Thierry Michalon. Ces universitaires ne se donnent manifestement pas du repos ou alors ne consentent pas à raccrocher la plume. Au contraire, et on le veut, ils mettent le turbo dans l’expression de leurs pensées. Une expression qui épouse les formes de l’ère digitale, et c’est ce qui donne plus d’intérêt à cette publication, prolongement de l’option du livre + dialogue.

Pour ceux qui prennent le train en marche, eh bien sachez que les deux écrivains se sont fortuitement rencontrés sur la toile mondiale, ont échangé longuement (3 mois) avant d’imaginer, de transformer la discussion en ligne, en pages imprimées. Il y a eu précisément l’Etat et les clivages ethniques en Afrique. Et voici, tout chaud sorti des presses d’Afrikiya, « l’idée de progrès dans la diversité des cultures ». C’est un livre de 144 pages qui s’exonère de préface, se contentant d’un avant propos, une entrée et matière co-écrite par les deux auteurs qui font savoir aux lecteurs qu’il s’agira davantage de faire dialoguer les cultures, croiser les différences de regards, dans une tonalité vive, libre de tout souci de l’idéologiquement correct.

La discussion s’ouvre sur une divergence de vues très marquée sur le choix de parler de la sorcellerie. Thierry Michalon, tout comme son interlocuteur camerounais, a reçu un appel à communication pour un colloque international portant sur la croyance en la sorcellerie et son impact sur le développement. Assises prévues du 23 au 26 novembre 2011 à Cotonou au Bénin. Et l’Universitaire Français de demander au philosophe camerounais comment est-il possible que des intellectuels puissent accorder un intérêt à la sorcellerie ? Pour lui, cette considération est la marque de la fragilité conceptuelle des bien-pensants africains. C’est la preuve qu’on n’est pas encore sorti du sommeil dogmatique sous les tropiques.

Réaction mesurée d’Ebénézer Njoh Mouelle, il faut laisser ouvertes toutes les pistes de recherche. S’en préoccuper intellectuellement ne revient pas à en faire acte de foi et le philosophe de renvoyer Thierry Michalon à la lecture des travaux de Dominique Camus, un ethnologue français qui a commis 05 livres sur la sorcellerie en Hexagone.

L’enseignant français de droit public expose ses doutes sur cette mentalité magico-religieuse, responsable de la passivité politique, et du retard de l’Afrique. Il reprend un fragment d’analyse d’Achille Mbembe sur le grand mal que la superstition cause au continent berceau de l’humanité pour appuyer son argumentaire, un peu comme pour dire que de brillants esprits partagent ses vues sur le sujet.

S’il l’a dit tel que vous le rapportez, ce serait pécher par simplification, réagit Ebénézer Njoh Mouelle qui s’étrangle du silence curieux de son interlocuteur sur les ravages de la Françafrique.

On sent alors l’écrivain camerounais comme gêné par cette analyse qui réduit le sous développement du continent noir aux seules causes endogènes ; les effets de la traite négrière, de la colonisation, de la pieuvre mafieuse du néocolonialisme étant ignorés. Occasion pour lui, de tenter de combler les trous de mémoire dans la tête de son vis-à-vis sur les rapports entre la France dominante et l’Afrique dominée. Réplique tout aussi lumineuse de Thierry Michalon en toute fin du second chapitre, page 42, dernier paragraphe.

Belle relance pour aborder avec plus de profondeur la question du progrès de l’humanité dans les chapitres 3 et 4.

La position du penseur français est claire. Le progrès n’est possible que si l’on s’émancipe du magma communautaire. Il opère un distinguo pour montrer qu’il existe deux types de sociétés.

Des sociétés visqueuses où le Nous (groupe) écrase l’individu. Ce sont les sociétés communautaires d’Afrique, mais aussi d’Asie.

Et les sociétés gazeuses où les molécules ont chacune sa trajectoire propre. C’est l’Occident, promoteur de l’émergence de l’individu par la raison, la créativité, la formation.

Au fil des pages, Thierry Michalon fera même un pas de Guéant (en référence à Claude Guéant, ancien ministre français de l’intérieur) en se langeant dans une classification subtile des civilisations.

Et là encore, opposition de Njoh Mouelle qui évoque Emmanuel Kant pour démontrer que tout être humain est doté de catégories à priori (innées), conditions de possibilités, de toute acquisition des connaissances.

Moralités. C’est vrai pour le monde occidental. Ça l’est aussi pour les sociétés communautaristes, moquées pour leur mesusage de la raison.

Avis de créationniste, d’essentialiste juge Thierry Michalon d’un clic, lui pour qui Dieu n’est qu’un mythe, une prothèse, ou tout simplement, du vent pour ceux qui lui vouent, culte et gloire. Le philosophe camerounais réagit par une réponse habillée de prudence. Dieu peut être pris pour un placebo justement, ce qui importe, c’est la place que chaque homme lui accorde dans sa vie. Pour l’un, le religieux, en somme, c’est de l’obscurantisme, cependant que pour l’autre, il est donateur de sens. Opposition de visions. Mais pas dans l’absolu, car ainsi que le montre le partage amorcé au chapitre 5 et prolongé à la dernière borne de ce livre – dialogue, le religieux n’est pas toujours renvoyé aux calendes grecques, la crise plurielle qui fouette l’Europe, réveille le pronostic énoncé en son temps par André Malraux sur le retour du religieux.

Cette confidence de Michalon est à ranger dans l’ébranlement des certitudes du vieux continent. Sa seconde fille a eu ce commentaire troublant. La disparition du Sacré vide toute vie de sens.

A ranger encore dans le désenchantement avoué et diffus dans les pays du Nord, cette fausse fascination manifeste par l’entourage de l’écrivain français sur le bonheur d’une Afrique demeurée un conservatoire de l’humanité originelle.

Gare aux mythes, fait Ebénézer Njoh Mouelle sur la seconde remarque. Il n’a jamais existé de coin d’Afrique où l’être est coupé de l’avoir.

Des réflexions métaphysiques, des problématiques actuelles, établies sur six chapitres dans une opposition de style parfois marquée, souvent dynamique, mais toujours féconde, chaque protagoniste se montrant perméable à la correction.

L’idée de progrès dans la diversité des cultures, ce sont des mots qui pèsent du lourd poids du sens.

C’est un bâtissage de pont par le verbe, un arrachement douloureux aux évidences premières, avec au bout, des questions restées suspendues comme des accords non résolus.

Le lecteur trouvera le style parfois recherché, savant. Il pourrait s’imaginer une rupture de contact entre les deux penseurs au regard du ton quelque fois polémique.

Difficile, au sortir d’une telle aventure littéraire, de ne pas caricaturer cet échange en montrant une arène entre un penseur français qui a misé en avant les arrières pensées de grandeur de la civilisation occidentale et de son homologue africain qui s’est mené en défenseur de la fierté des peuples dominés, même s’il ne s’est pas privé de les flageller.

Il n’est pas inutile de souligner que ces coups de plume sont richement documentés. Il n’est que de jeter un coup d’œil sur la bibliographie pour s’en convaincre. Pas moins de 61 titres de haute facture.

Mais vous vous en doutez bien, la philosophie ne rime pas avec déversement d’éloges. Aussi, pourrais-je me permettre de dire au Pr. Njoh Mouelle mon désaccord avec sa conception de Dieu.

Oh, ce débat on l’a déjà eu à l’antenne.
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Images


le pannel constitué du Directeur de IFRIKIYA, à gauche de Mr Njoh Mouelle, et de Serge POUT journaliste à la Crtv, à sa droite





quelques vues de la salle



La phase de questions réponses entre Mr Njoh Mouelle et l'assistance

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