Visiteurs:29132616
En ligne:00030
Accueil   Actualité au quotidien  
Document sans titre
Document sans titre
details des articles

Actualité du 01-11-2014

25 Octobre 2014, dans la Salle de la Tripartite au Palais des Congrès à Yaoundé, Remise des écharpes aux députés juniors des Nations Unies

sous les auspices de l’Association Camerounaise pour les Nations Unies qui l’a invité, Ebénézer Njoh Mouelle a eu à prononcer un discours dense suivi très attentivement par son jeune auditoire assisté de nombreux parents venus soutenir et applaudir leurs députés juniors

L’Association camerounaise pour les Nations Unies est en fonction depuis seulement quatre ans ; elle est admise à la Fédération mondiale des Associations des Nations Unies, grâce au dynamisme de son bureau directeur et en particulier de son président Mbesse Awono François. La célébration de la Journée Mondiale des Nations Unies le 25 octobre a fourni l’occasion de coupler deux événements : le congrès de l’association et la remise des épaulettes aux députés juniors des Nations Unies venant des dix régions du Cameroun. Après avoir prononcé son discours sur la question de savoir « Sur quoi se fonde la préservation de la paix et de la stabilité », le philosophe Njoh Mouelle a été invité à procéder à la remise des épaulettes aux députés juniors, aidé pour cet exercice par le Représentant du Garde des Sceaux à cette cérémonie. Voici le texte de ce discours :



Excellences, Messieurs les représentants des membres du Gouvernement

Monsieur le représentant du Recteur de l’Université de Yaoundé I

Monsieur le Vice Recteur de l'université catholique d'Afrique Centrale

Monsieur le Président de l’Association Camerounaise pour les Nations Unies

Chers Députés Juniors des Nations Unies

Messieurs les Membres d’Honneur de l’Association

Distingués Invités,

Mesdames et Messieurs,



Permettez-moi, avant toute chose, de remercier le Bureau de l’Association Camerounaise pour les Nations Unies, pour l’honneur qui m’est fait, d’avoir à prendre la parole en cette occasion de la célébration de la Journée mondiale de l’ONU, couplée avec le Congrès annuel de l’Association Camerounaise pour les Nations Unies.



Mesdames et Messieurs,

Dans le bref exposé que je vais présenter, j’énonce trois propositions que je m’engage par la suite à établir ou à fonder.

Première proposition : La paix ne se donne pas à la manière d’un objet qu’on peut posséder, elle se construit ou se déconstruit à travers des actes, des décisions ou des agissements des uns et des autres.

Deuxième proposition : Les hommes ne peuvent pas poser des actes qui construisent la paix, s’ils ne sont pas préalablement en paix avec eux-mêmes.

Troisième proposition : La préservation de la paix repose sur l’existence de forces extérieures qui contrebalancent ou corrigent le déficit de force et de paix intérieures, quand il faut imposer l’ordre et la sécurité pour tous.



PREMIER POINT

La paix ne se donne pas comme un objet qu’on pourrait posséder et échanger. Quand à l’Église souvent, il nous est demandé de nous donner la paix à un moment précis du rituel, je ne pense pas que nous soyons invités à le faire dans une logique de l’avoir mais plutôt dans une logique de l’être ; la demande qui nous est faite par l’officiant du jour ne serait-elle pas mieux comprise si nous la prenions comme voulant que nous disions à notre voisin de siège : soyez en paix ou soyons dans la paix du Christ ? Car je pense que les individus comme les États-nations sont davantage en paix qu’ils n’ont la paix.

En second lieu, la paix se construit ou elle se défait à travers nos agissements qui commencent par être des projets ou des idées, nés dans notre esprit, et dont certains sont ouvertement des idées ou des projets d’agression ou de déstabilisation. Comment ne pas penser à ces groupes d’auto-défense de la période des villes mortes ici au Cameroun, des groupes d’auto-défense qui se transformaient en groupes d’attaque quand ils allaient consommer dans des débits de boisson et se levaient pour partir sans vouloir payer leurs consommations, déclenchant par là même des bagarres parfois sanglantes ? Des bagarres dont la nature et l’origine font penser à ces conflits et à ces disputes qui éclatent au sujet des revendications des droits sur un même bien possédé par les uns et convoité par les autres. Des disputes qui naissent du désir de domination idéologique des uns sur les autres, ou encore de la volonté d’exercer le contrôle économique d’un espace ou d’une zone prometteuse de richesses. Des conflits et des disputes qui naissent des actes de conquête ou d’invasion, au niveau des unités territoriales existantes. Entre des individus les conflits et les disputes naissent de manière identique, lorsqu’on s’avise par exemple, de s’emparer par la force ou par la ruse, d’un domaine foncier appartenant à autrui.

J’évoque de cette façon des actes et des agissements fauteurs de troubles et perturbateurs de paix.

Maintenant, si la paix n’est pas un objet qu’on puisse posséder, qu’est-ce qu’elle est en elle-même ? Elle est perçue au premier abord comme étant l’absence de ces conflits, de ces disputes et surtout de ces guerres provoqués par des actes belliqueux dont il vient d’être fait mention, et cela, qu’on se situe au plan des relations entre les individus ou qu’on se situe au plan des relations entre les nations. De son côté, la paix résulte des actes et des agissements de nature opposée aux précédents ; il s’agit des actes ou des agissements inspirés par une volonté d’harmonie. La volonté d’harmonie, qui est synonyme de volonté de paix, se manifeste à travers des actes et des décisions qui ne nuisent pas à autrui, mais qui, bien au contraire, respectent le bien, la propriété et les intérêts d’autrui. Produire et sauvegarder la paix à travers l’amour de l’harmonie autour de soi correspondrait-il, en tant qu’attitude, à l’expression d’une certaine faiblesse par laquelle on préfèrerait se laisser spolier d’un bien que d’avoir à affronter plus fort que soi ? Par cette attitude, est-on réellement dans une logique de construction positive de la paix quand on agit par peur d’être détruit sur le front de la défense de ses intérêts légitimes ? Qui peut dire que l’attitude de Nelson Mandela ait été une attitude de faiblesse quand le prisonnier qu’il était encore a accepté et commencé de négocier avec ses geôliers ? Qui pourra prétendre que le règlement de la crise de Bakassi n’aura pas été le fait pour les protagonistes d’avoir posé des actes soucieux d’éviter la guerre et de sauver la paix à tout prix à travers le recours à la justice d’abord et à la négociation ensuite, dans la phase de la mise en œuvre du verdict de la Cour Internationale de la Haye ?Et tout cela bien encadré par les Nations Unies ?

Ces interrogations me permettent d’aborder la deuxième proposition que j’ai énoncée.

DEUXIEME POINT

Les hommes ne peuvent pas poser des actes qui construisent la paix s’ils ne sont pas préalablement en paix avec eux-mêmes.

En effet, la première paix à construire est la paix intérieure de chacun, la paix avec soi-même. On pourrait s’étonner de cette affirmation et se demander s’il peut arriver à l’homme individuel d’être en guerre avec lui-même ? Je répondrais en faisant observer que se poser cette question reviendrait à sous-entendre que l’individu-homme ne connaîtrait pas ces poussées pulsionnelles animales et égoïstes qu’il partage avec les autres animaux. Des pulsions qui s’expriment sous des formes diverses que peuvent être la volonté de puissance s’exprimant dans certaines circonstances sous la forme de volonté de domination, l’expression des convoitises et des jalousies, la manifestation d’instincts destructeurs de ce qui ne nous profite pas, toutes sortes de soifs de vengeance, etc.

Bref, on ne peut pas dire qu’en temps normal, le calme et le silence de la paix, l’équilibre et l’harmonie de toutes les tendances humaines, soient le climat qui règne au-dedans de l’individu – homme. La réalité couramment vécue est celle de la guerre sourde que nos instincts primaires livrent à notre conscience d’hommes supposés être guidés par la raison, donc, d’hommes raisonnables et vivant en société.

Et si notre vivre-ensemble n’était pas organisé, tant au niveau des nations qu’à l’internationale, nous vivrions « l’état de guerre de tous contre tous » décrit par Thomas Hobbes, ou « l’état de nature » décrit par Jean-Jacques Rousseau,

bref la jungle dans laquelle triomphe la dure loi du plus fort !

Comment pouvait-on vivre un climat de paix dans le « vivre-ensemble »si les hommes ne faisaient pas un effort pour imposer silence aux pulsions des multiples tendances réclamant leur satisfaction ? Si nous ne savons pas nous maîtriser, nous raisonner, imposer la loi de la raison à nos envies les plus folles et à nos passions, quel espoir pourrait-on valablement fonder sur notre capacité d’être des artisans de la paix au sein de notre communauté nationale ou internationale, et en particulier quand nous y tenons un rôle déterminant ? C’est bien ce profil d’homme qui est illustré par l’expérience de Nelson Mandela.

Le fait est que ce n’est pas tout le monde qui est suffisamment fort pour maîtriser ses nerfs et ses pulsions, et cesser d’entretenir des luttes d’influence internes ou de nourrir des soifs frénétiques de vengeance ou des ambitions plus ou moins folles parfois.

Et c’est ici qu’il apparaît à l’évidence que les plus forts qui sont ceux qui contrôlent victorieusement leurs passions, apparaissent souvent comme étant des faibles, face aux réellement faibles qui sont ceux que leurs pulsions et leurs intérêts plus ou moins légitimes commandent et transforment en esclaves qui s’ignorent en toutes circonstances.

Que faire donc, devant la situation qui révèle que non seulement tout le monde n’est pas capable d’instaurer en soi une paix intérieure, au sens que nous venons de l’exposer, mais encore ceux-là sont une minorité face à la grande majorité des personnes qui ont besoin que la force intérieure qui leur manque, leur soit imposée par un détour extérieur ? Notre troisième proposition est une réponse à cette interrogation.

TROISIEME ¨POINT

La préservation de la paix, ou la paix durable, suppose l’existence de forces extérieures qui corrigent le déficit de force intérieure, quand il faut imposer l’ordre et la sécurité pour tous, tant au plan national qu’au plan international. Oui, c’est un fait, tout le monde n’est pas Mandela.

En effet, si le psychisme de l’homme n’était pas ce que je viens de dépeindre grosso modo, bref, si les hommes étaient des dieux, la nécessité d’organiser, avec tout le volontarisme requis, la sécurité de tous les membres des communautés humaines ne se serait pas imposée ! Oui, la notion de paix appelle celle de sécurité et celle de moyens de contrainte. Si dans l’ordre de la nature il est question de calme, de silence et de tranquillité, d’harmonie, quand on évoque l’idée de paix, dans l’ordre socio-humanitaire créé par l’homme l’idée de paix fait appel à une organisation structurelle et institutionnelle de protection et de contrainte par le pouvoir d’État et par les Organisations internationales.

Tout s’est passé comme si les communautés nationales et internationales organisées au sein de l’Organisation des Nations Unies disaient à tous les hommes : comme vous n’êtes pas capables de construire par vous-mêmes la paix intérieure qui vous est nécessaire pour vivre une vie commune d’harmonie avec les autres, on vous forcera à vivre en paix. Un peu à la manière de Jean-Jacques Rousseau parlant de l’homme à l’état de nature, et écrivant qu’on le forcera à être libre, en le faisant passer de l’état de nature, état sauvage s’il en fut, à l’état civil. On le forcera en effet à être libre de ses instincts, lui qui, dans son état de nature, vivait très peu différemment de l’animal sauvage.

La paix imposée au sein de l’État-nation par le pouvoir d’État passe donc par le fonctionnement de la justice républicaine qui veut que tous les citoyens soient égaux devant la loi. Elle passe par le fonctionnement des tribunaux qui doivent rendre une justice impartiale et donc juste.

La paix imposée par le pouvoir d’État au sein de l’État-nation passe par le fonctionnement d’une police qui ne se limite pas à l’exercice de la répression, mais qui doit aussi veiller prioritairement sur la sécurité de tous les citoyens. C’est ainsi qu’à travers les autorités administratives, le pouvoir d’Etat est dans son rôle quand il fait suspendre des églises ou fermer des bars dancing qui créent des nuisances sonores nocturnes, ne tenant aucun compte du droit des citoyens au repos.

Mais la paix sur laquelle veille le Pouvoir d’État, mieux, la paix que doit construire le pouvoir d’État est aussi faite de création de bonnes conditions de vie permettant au grand nombre, si ce n’est à tous, de jouir des logements décents, des soins de santé en cas de maladie, d’emplois rémunérateurs et sécurisants pour l’avenir.

Au plan international à présent, les diverses organisations de la famille des Nations Unies produisent des conventions que ratifient les parlements des divers Etats-membres. La paix entre les nations repose grandement sur le respect et l’application des clauses de ces conventions par tous ceux qui les ratifient. La paix est chaque fois menacée si, à titre d’exemple, et comme c’est arrivé à Cancun au Mexique en 2003,le non-respect d’un règlement de l’Organisation Mondiale du Commerce pourtant accepté par tous les membres, a poussé un groupe de pays se sentant frustrés à quitter la salle de réunion en guise de protestation véhémente.

L’une des missions, si ce n’est la mission fondamentale du bien nommé Conseil de Sécurité réside dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Le Conseil de Sécurité réagit, cas par cas, aux crises qui surgissent dans le monde.

Mais, quoi qu’il en soit de la résolution des problèmes de justice, de développement, de creusement du fossé entre les riches et les pauvres, tant à l’intérieur des nations qu’au plan des relations internationales, la paix est un état d’équilibre permanemment instable aujourd’hui, par rapport à ce qu’elle a été pendant la période de la guerre froide caractérisée par la neutralisation mutuelle de deux superpuissances militaires. La paix imposée par l’équilibre de la terreur mettait indirectement en exergue l’importance d’avoir à la tête des États détenteurs des armes de destruction massive, des leaders qui devaient justifier d’un minimum de force, de maîtrise et de paix intérieures les prévenant de tout geste, de tout acte qui pouvaient les pousser à commettre l’irréparable en appuyant sur le bouton de déclenchement de l’arme atomique.

Le principe de non-prolifération des armes nucléaires tient compte de cette réalité en évitant le risque que la dissémination fait courir.

Car aujourd’hui où nous vivons, non plus un état d’équilibre bipolaire de la terreur, mais un état multipolaire d’un équilibre instable de la paix, il est heureux de constater qu’il s’agit d’une instabilité qui détermine un espace d’échanges tous horizons, et de négociations diverses ; un espace dans lequel de nombreux groupes et associations représentant la société civile, les syndicats et les partis politiques, jouent un rôle tampon nécessaire à la paix. C’est un espace pour l’intégration des données et des valeurs nouvelles, ainsi que des ouvertures multiples. C’est dans cet espace que devrait s’organiser une gouvernance globale de plus large participation. L’existence de cet espace de dialogue et de négociation est précieuse en ce sens qu’il permet à tout instant de sauver la paix.

Faut-il toujours faire droit au dicton romain selon lequel « si tu veux la paix prépare la guerre » ? Oui, si cela doit être entendu comme un encouragement en direction de l’équilibre des forces pour la dissuasion ;ici les Camerounais se réjouissent de découvrir qu’ils ont une armée capable de réagir efficacement aux agressions terroristes venant de l’extérieur ; mais « préparer la guerre si on veut la paix » ne saurait se justifier là où on rêve faire un usage abusif de ce principe dans le but d’instaurer la paix du vainqueur, du conquérant et du plus fort .

Le philosophe allemand Emmanuel Kant, dans son « Traité de paix perpétuelle » et sa logique d’instauration d’une cosmopolis, d’un État-Monde, avait tout simplement préconisé la suppression des armées en guise de garantie de la paix dans le monde.

Que dire pour conclure ?

La nécessité de voir les hommes se soucier de réaliser en permanence la paix intérieure pour soi, ne devrait pas faire oublier l’autre nécessité, à savoir celle de se compléter par le souci d’être en mesure d’exercer son droit légitime d’autodéfense qui impose qu’on soit aussi en mesure de jouer sur le terrain de ceux qui ne se préoccupent pas de leur paix intérieure, mais cherchent toujours à remplacer la force et la paix intérieures par la force extérieure au moyen de laquelle ils imposeraient toujours leur paix de vainqueur qui ne garantit pas nécessairement leur sécurité. Car ainsi que l’a écrit Jean-Jacques Rousseau dans le Contrat social, « Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir » ; mais Rousseau ajoute tout de suite : « La force est une puissance physique ; je ne vois quelle moralité peut résulter de ses effets »

Vous l’aurez sans doute deviné, j’aurai été inspiré tout au long de cette présentation par la devise bien connue de l’Unesco et selon laquelle « La paix prenant naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des hommes qu’il faut dresser les défenses de la paix ».

Je vous remercie de votre bien aimable attention.



Ebénézer NJOH MOUELLE
Document sans titre
Images


avec le dynamique Président de l'ACNU

Au milieu des députés juniors des Nations Unies, porteurs de leurs écharpes.

les représentants du Garde des Sceaux et du Recteur de Yaoundé I encadrent Njoh Mouelle
1
(C)octobre 2007 Réalisation BDSOFT