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Collogue philosophique

CONFERENCES

LE PANAFRICANISME : UNE CLEF POUR LE DEVELOPPEMENT DE L’AFRIQUE ?
Conférence du 8 juillet à l’Ecole Doctorale de l’I.P.D
                                      Par Ebénézer NJOH MOUELLE

 

         Je vais commencer par me demander à quoi les Africains et les panafricanistes pensent encore exactement aujourd’hui, quand ils utilisent le vocable de panafricanisme !
                   L’intitulé du sujet esquisse déjà une réponse : le panafricanisme serait une clef pour le développement de l’Afrique. Mais il faut dire davantage concernant le fonctionnement de cette clef que serait le panafricanisme ! Être une clef pour le développement de l’Afrique signifie être un instrument, un moyen, une technologie organisationnelle. Donc, une organisation stratégique devant faciliter le développement de l’Afrique, c’est-à-dire, aujourd’hui, le développement des 54 États membres de l’Union Africaine, nouvelle appellation et nouvelle structuration de la caduque Organisation de l’Union Africaine.
         Mais alors, en parlant de l’Union Africaine, nous pourrions nous dire que cette clef, cette organisation stratégique est déjà en place ? A moins de dire que l’Union Africaine, tout comme avant elle l’OUA, ne sont pas la traduction sur le terrain du panafricanisme ? Ce qui ne se comprendrait pas au premier abord , et qui laisserait entendre qu’il faudrait couper la poire en deux et se dire que sous un angle l’OUA et l’UA sont la traduction en actes du panafricanisme, mais que sous un autre angle, l’OUA et l’UA ne traduisent pas encore de manière complète en actes le programme et les idéaux du panafricanisme !
 Dans ce cas, si les Africains continuent de parler de panafricanisme, cela signifierait qu’ils continuent de militer, ou de se comporter en militants qui seraient toujours en train de se battre en vue de la mise en œuvre concrète d’une réalité toujours rêvée, la panafricanité organisée en un seul État continental, un seul centre de décision susceptible de permettre la mise en commun des moyens, des ressources et des compétences en vue de l’industrialisation équilibrée  de toute l’Afrique. Ce qui s’appellerait alors développement.
Tout a commencé par un panafricanisme plus ou moins romantique de poursuite d’un rêve et d’un idéal, tel qu’il s’est exprimé à ses débuts, au milieu des esclaves Noirs qui venaient d’être libérés suite à l’adoption des lois sur l’abolition de l’esclavage de 1833, 1848 et 1863-65.
Ce moment romantique a vite cédé la place à un panafricanisme à orientation pragmatique, tel qu’il s’est manifesté quand il a commencé à se donner  comme première mission de soutenir les revendications d’indépendance nationale par les pays encore  sous  domination coloniale, puis à s’organiser en regroupements de deux, trois, voire davantage de pays, préfigurant une organisation continentale à venir.
         Le choix opéré en 1963 (le 25 mai) de créer l’Organisation de l’Union Africaine (OUA) avait consacré l’orientation pragmatique du panafricanisme, sans avoir complètement évacué de l’esprit des Africains la dimension romantique du projet constituée par le désir de créer un jour un gouvernement continental des États-Unis d’Afrique, tel que présenté par Kwame Nkrumah, notamment dans son ouvrage intitulé « L’Afrique doit s’unir ».
         De l’OUA à l’UA, le constat est que l’Afrique demeure bien loin d’atteindre l’objectif d’un gouvernement continental que Nkrumah avait dessiné.
         Je vais donc traiter la question en trois moments ou trois points :
Premier Point : Brève évocation du panafricanisme  des origines que j’appelle le panafricanisme romantique
Deuxième Point : Examen des contradictions internes du projet panafricaniste des Etats-Unis d’Afrique, à travers le soutien aux nationalismes d’une part et, d’autre part, l’exigence de renonciation aux souverainetés étatiques particulières et au profit  de la souveraineté d’un peuple africain virtuel et hypothétique.
 Troisième Point : L’Union Africaine étant l’expression du niveau de réalisation du panafricanisme aujourd’hui, elle doit pouvoir fonctionner comme cette clef du développement de l’Afrique en exploitant au maximum ses institutions financières et en organisant une solidarité plus efficiente pour le développement des Etats-membres.
                                               PREMIER POINT
Le panafricanisme romantique des origines
         La mouvementpan-africaniste prend naissance en Amérique du Nord, à un moment où pratiquement tous les pays africains sont encore sous la domination coloniale. La révolte se produit au milieu des descendants des esclaves noirs libérés aux Etats-Unis, à la Jamaïque, à Trinidad, bref dans les Caraïbes. Le dernier acte d’abolition de l’esclavage fut pris le 31 janvier 1865. Les pères fondateurs de ce mouvement sont nés après cet acte. W.E.B. Du Bois est né le 23 fev. 1868 dans le Massachusetts ; Henry William Sylvester est né le 15 fev. 1869 à Trinidad ; le Jamaïcain Marcus Garvey est né le 17 août 1887. Parmi ces descendants des esclaves  Noirs libérés, certains, à l’instar de l’Américain W.E. B. Du Bois donnent la priorité  à la lutte intérieure de revendication des droits civiques dans la société américaine pendant que d’autres, tel le Jamaïcain Marcus Garvey prônent plutôt le retour vers la terre africaine. C’est ainsi que, s’associant à une trentaine d’autres personnes, Du Bois commence par fonder le mouvement appelé « Niagara Movment » le 14 juillet 1905.Ce mouvement réclame l’octroi des droits et libertés civiques  aux Noirs ainsi que la fin de la discrimination raciale. Quatre ans plus tard, en 1909, ce mouvement de Niagara se transforme en « Association Nationale pour l’Avancement des personnes de couleur » , en anglais ( Association for the Advancement of Coloured People) . Rosa Parks qui refusa de céder sa place à un homme blanc à bord d’un autobus roulant dans une ville du sud des Etats-Unis le 1er décembre 1965, était une militante de « l’Association Nationale pour l’Avancement des personnes de couleur ». De son côté, le Jamaïcain Marcus Garvey s’est fait passer pour le chantre et précurseur du panafricanisme à travers son journal «  The Negro World » ainsi que pour le promoteur obstiné du retour des descendants des Esclaves Noirs libérés vers l’Afrique ; une Afrique qui est présentée de manière nostalgique comme le « Land of Hope and Promise for Negro Peoples of the World » (La Terre de l’Espoir et la Promesse pour les peuples Noirs du Monde ». Au sujet de cette Afrique rêvée, Marcus Garvey a prononcé cette déclaration restée célèbre : «  Nous sommes Africains, pas parce que nous sommes nés en Afrique, mais parce que l’Afrique est née en nous ». Il ne s’est pas arrêté au journal « Le Monde Noir » il crée en 1917 l’ « Association Universelle pour l’Amélioration de la Condition Noire », en anglais «  the « Universal Negro Improvment Association » ( UNIA) et l’African Communitiez League ( ACL).
         Sans avoir à entrer dans plus de détails au sujet de l’action de chacun des pères fondateurs du mouvement qui a conduit à l’organisation des congrès autour de l’idée panafricaniste, il me suffira à présent de simplement mentionner  quelques autres noms d’intellectuels qui ont animé la ferveur panafricaniste à l’origine : En dehors de ceux déjà cités il importe de mentionner encore Edward Wilmot Blyden, né en 1932 et qui lança aussi un journal intitulé « The Negro », dans un souci d’unification de tous les esclaves affranchis et indigènes. Il visait aussi par là de faire reconnaître et accroître la fraternité de la race partout où elle se trouve.. Mentionnons aussi Antenor Firmin de Haïti,qui publia en 1885 «  De l’égalité des races humaines », livre dans lequel il développe des arguments opposés à ceux de Gobineau diffusés dans son ouvrage de 1850 bien connu et intitulé «  De l’inégalité des races humaines » ; Citons aussi Benito Sylvain, natif de Port-Au- Prince et figure majeure de la Conférence panafricaine de 1900 . IL avait aussi fondé un journal : «  La Fraternité, Organe de défense des Intérêts de Haïti et de la race noire ».
         A leur origine donc, tous ces mouvements et toutes ces publications ambitionnaient de faire opérer la renaissance, la libération et l’éméncipation des Noirs dans le monde entietr. L’idée de départ est restée celle d’une solidarité et d’une unité  des peuples noirs dans leur ensemble.
         Il y a eu du romantisme dans l’attitude et la vision de ceux qui demandaient aux Noirs du monde entier de constituer une union, à l’instar de ce que demandait l’ultime phrase du manifeste du parti Communiste publié en 1848 aux   prolétaires : » Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».
Une autre manière de romantisme a caractérisé la vision de l’Afrique comme si elle était un seul pays, quand les panafricanistes ont eu à demander que la carte politique de l’Afrique redevienne ce qu’elle était avant le partage qui en a été fait lors de la conférence de Berlin en 1884. Idéalement, il s’agissait d’une Afrique sans frontières  ni cloisonnement étatiques  à l’intérieur. 
         Du romantisme encore dans l’énonciation de certaines directives telle que celle demandant  de prendre « l’Afrique dans sa globalité comme devant être le commencement et l’aboutissement de toute action politique, économique et culturelle relative au continent considéré encore  comme étant le « continent berceau de l’humanité ».
         Que signifierait la formule selon laquelle « l’Afrique comme globalité devrait être le commencement et l’aboutissement de toute action politique, économique et culturelle ? Ce n’est certainement pas se considérer comme citoyen ou dirigeant d’un pays qui s’appellerait l’Afrique ! Ce serait sûrement considérer que le bien qu’on peut vouloir pour un pays singulier devrait être également apprécié voulu par d’autres pays africains et que les actions ou les initiatives engagées dans un pays singulier devraient pouvoir inspirer d’autres pays africains. On ne peut s’empêcher de penser, quand on est philosophe, à la maxime d’Emmanuel Kant demandant « d’agir toujours de telle sorte qu’on puisse vouloir ériger la maxime de son action en loi universelle » !  Mais sans aller chercher trop loin, il suffit d’évoquer l’expérience du Ghana de Kwame Nrumah ayant choisi le socialisme sans y être suivi par de nombreux autres ; ce qui conduit à se rendre compte que l’unité recherchée et située au fondement même du panafricanisme des origines, ne pouvait qu’avoir du mal à se concrétiser au plan idéologique en général, qu’il s’agisse des systèmes politiques, du régime économique ou des valeurs culturelles.
A l’opposé de ce romantisme, et bien avant que Marcus Garvey et Blyden appuient dans cette direction, l’ »American Colonization Society » créée en 1816 avait déjà eu à transférer au Liberia et en Sierra Leone plusieurs contingents de nègres libérés de l’esclavage en Amérique du Nord et aux Caraïbes ; elle avait précisément été créée dans le but de favoriser  le retour des victimes de la traite négrière sur le sol africain.
                   Je vais terminer ce premier point par l’évocation des conférences organisées au début du XXè siècle pour lancer le mouvement panafricaniste : La première conférence se tint à Londres au mois de juillet 1900, sous l’instigation de henry Sylvester Williams et n’aura enregistré que 32 participants : 11 Américains, dont Dubois, 10 Caribéens, 5 Londoniens, 1 Canadien, et seulement 4 Africains ( d’Abyssinie, de la Côte d’Or, du Liberia, et de la Sierra Leone) ; sans oublier quelques associations telles que la société Anti-esclavagiste britannique, le Comité pour la protection des races indigènes et la lutte contre le trafic d’alcool, la Société de protection des Aborigènes et la Société des Amis des Noirs.. C’est à cette occasion que le vocable de panafricanisme fut entendu pour la première fois.
A la fin de cette conférence, un message fut adressé à la Reine Victoria lui demandant de prendre des mesures nécessaires pour influencer l’opinion publique sur les conditions de vie et les lois qui régissent les autochtones dans plusieurs parties du monde, particulièrement en Afrique du Sud, en Afrique de l’Ouest, aux Antilles et aux États-Unis d’Amérique. Du 19 au 21 février 1919 s’est tenu à Paris, la deuxième conférence à laquelle n’ont plus  pris part le Trinidadien  Sylvester William mort en 1911 et Edward Wilmot  Blyden, mort en 1912. Le panafricanisme ayant perdu ses pères fondateurs, une nouvelle étape s’est engagée avec la conférence de Paris en 1919, symbolisée par des hommes comme Dubois et Blaise Diagne. Le ton aussi a changé. On est passé des modestes requêtes aux exigences enflammées adressées à la Société des Nations. Le Congrès de Paris exige par exemple « un code législatif international pour la protection des indigènes d’Afrique, ainsi qu’un Bureau Permanent pour l’application de ces lois » : mais l’exigence la plus importante aura été  « que les indigènes d’Afrique aient le droit de participer au gouvernement local ».
.        En 1921 la Conférence  panafricaniste s’est tenue entre Londres, Bruxelles et Paris. Elle a regroupé cent treize délégués qui ont adopté une « Déclaration au monde », rédigée après la séance de clôture (C’est Nkrumah qui l’écrit) . Dans cette « Déclaration au monde », il fut dit que « l’égalité absolue des races, égalité physique, politique et sociale, est la pierre d’angle du monde et du progrès de l’humanité » La Conférence demandait en outre la reconnaissance des indigènes comme étant des civilisés. Il en est sorti le manifeste dit de Londres, complété par « les Résolutions de Paris qui reprennent les idées principales du Manifeste ou de la Déclaration de Londres en y ajoutant l’idée du retour des Nègres sur leurs terres. Dix ans plus tard, en 1923 s’est tenu le troisième Congrès, toujours à Londres. Ici, Kwame Nkrumah lui-même fait ce commentaire : «  Les délégués étaient des idéalistes plus que des hommes d’action ». Le quatrième Congrès s’est tenu à New-York en 1927 et avait réuni 208 délégués. C’est à New-York que se fait la jonction des deux sensibilités du panafricanisme : la sensibilité afro-centrée et la sensibilité negro-centrée. Le vent indépendantiste commence à souffler ; le congrès proclame le droit des Africains de participer à leur propre gouvernement. Puis vint le cinquième Congrès Panafricaniste de cette période de lancement du mouvement, qui  s’est tenu à Manchester en 1945 (47 ?) ; il avait réuni plus de deux cents délégués. C’est ici que selon Nkrumah, le panafricanisme et le nationalisme africain reçurent une expression véritablement concrète. «  On insista, écrit Nkrumah, sur la nécessité de mouvements bien organisés et fermement unis, comme condition de succès de la lutte pour la libération nationale en Afrique ». C’est le moment où le panafricanisme politique a atteint sa maturité.
En compagnie de George Padmore, Kwame Nkrumah avait joué le rôle de secrétaire du comité d’organisation du congrès de Manchester. Il dit toute sa fierté et sa satisfaction pour les clarifications qui ont été faites : «  Le but essentiel était l’indépendance nationale menant à l’unité africaine. L’objectif limité et la perspective plus large étaient étroitement liés ». Et Nkrumah poursuit : «  Au lieu d’un mouvement passablement nébuleux, s’occupant vaguement d’un nationalisme noir, le mouvement panafricain était devenu cette année-là et à l’occasion de ce Congrès de Manchester, l’expression du nationalisme africain ». Retenons bien cette manière d’écrire de K. Nkrumah faisant état d’un « nationalisme africain », laissant entendre que toute l’Afrique était à considérer comme une nation, comme on parlerait du nationalisme camerounais, etc.
         Je conclue ce premier point de la manière suivante : 1- Le premier moment du pan-africanisme a été plus exactement un moment de « pan-négrisme » qui demandait aux Noirs du monde entier de s’unir. 2- En second lieu, l’Afrique était perçue comme un seul pays, la Terre Promise telle que M. Garvey en parlait.Si l’Amérique est la terre des Blancs, disait-il, l’Afrique est la terre des Noirs.-3- Très visiblement, avec à l’appui les travaux de Cheik Anta Diop et tout le mouvement de la négritude de Senghor, Aimé Cesaire et Rabemananjara, le panafricanisme des origines se sera délimité au sud du Sahara excluant l’Afrique Blanche. 4- Ce qui aurait pu s’appeler le pan-négrisme   justsifie son appellation de pan-africanisme après les indépendances de 1960. 5- Le  soutien à apporter à toutes les luttes de revendication des indépendances aura contribué à donner une plus visible cohésion au mouvement panafricaniste..
                                      DEUXIEME POINT
Je vais à présent passer au second point annoncé, celui dans lequel il sera question de traiter des difficultés et des contradictions internes du projet de création des États-Unis d’Afrique.
         Et tout d’abord, il faut dire que les divers congrès panafricanistes ne réunissaient que des délégués qui y participaient à titre personnel. Dubois et Garvey et tous les autres Noirs américains cherchaient à sensibiliser des intellectuels susceptibles de se trouver un jour en situation de devoir appliquer les principes du panafricanisme. Les peuples africains dont il était fait mention dans les déclarations et autres résolutions des congrès panafricanistes étaient bien loin du théâtre des discussions constitués par ces congrès tenus tous à l’étranger, loin des peuples en question. D’un autre côté, le soutien apporté aux expressions des nationalismes engagés dans les luttes de conquête des indépendances par pays, n’a-t-il pas eu comme conséquence d’étouffer dans l’œuf cette autre idée panafricaniste de la période romantique demandant à considérer l’Afrique dans sa présentation physique datant de la période avant la conférence de Berlin qui a procédé au partage de l’Afrique ? Soutenir l’indépendance et les nationalismes par pays ne pouvait pas se faire en même temps que prôner l’idée d’une  nation globale africaine ! Et les intellectuels sensibilisés à l’idéologie panafricaniste ayant accédé aux rôles de dirigeants de leurs pays venant d’accéder à l’indépendance s’engagèrent de bonne foi à constituer des regroupements de leurs Etats dans la perspective souvent de servir de noyaux de départ à l’Union africaine.
 Kwame Nkrumah fut l’un de ces intellectuels sensibilisés et qui parvint à occuper la fonction de chef d’un État indépendant, le Ghana. C’est ainsi qu’il va prendre la tête des initiatives de regroupements régionaux des pays indépendants. En novembre 1958, Le Ghana de Kwame Nkrumah  et la Guinée Konakry de Sekou Toure décident de créer une Union. Le 17 septembre 1958, dans l’Afrique de l’Est, des partis politiques et des syndicats se sont réunis dans la «  Pan african Freedom Movment of East, Central and Southern Africa (PAFME CSA) ; il y avait là comme pays concernés, le Kenya, l’Ouganda, le Tanganyka, le Nyassaland et le Zanzibar. Le 17 janvier 1959 s’est créée la Fédération du Mali, comprenant le Dahomey, le Sénégal, la Haute Volta. Cette fédération fut rapidement dissoute et remplacée le 30 mai 1959 par le Conseil de l’Entente comprenant la Côte d’Ivoire, le Dahomey, la Haute Volta, le Niger, le Togo. Le 19 juillet 1959, Le Ghana, la Guinée Conakry et  le Liberia  s’unissent et créent la « Communauté des États indépendants d’Afrique » qui s’adjoindra le Mali de Modibo Keita en avril 1961 et s’appellera « l’Union des États Africains » ; Nkrumah lui-même, parlant de cette nouvelle Union,  écrit qu’elle « se considéra comme  le noyau des États-Unis d’Afrique » ( p.169) ;l’Union se dota d’une charte qui a défini les quatre domaines de coopération que sont La politique intérieure, la politique étrangère, la Défense et l’Économie. Du 15 au 19 décembre 1959, le Conseil de l’Entente s’unit aux pays de l’ex- Afrique Équatoriale Française (AEF) pour former l’Union Africaine et Malgache ( UAM). En mars 1961, l’Union Africaine et Malgache s’élargit pour créer l’Organisation Africaine et Malgache de Coopération Économique ( OAMCE).
         Les égoïsmes souverainistes et nationalistes ont été au fondement du caractère éphémère de tous les regroupements d’États qui se sont constitués entre 1958 et 1961, avant la création de l’OUA à Addis Abbeba. Ces égoïsmes souverainistes continueront de s’exprimer dans le cadre de l’OUA et de l’Union Africaine et freineront pendant longtemps la marche vers  l’installation d’un gouvernement continental.
En dehors des replis souverainistes consolidés dans les chartes par l’affirmation de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, deux tendances se sont opposées au sein de l’OUA (Organisation de l’Union Africaine) dès sa création.
Permettez-moi d’en rappeler les caractéristiques : Il y avait la tendance supranationaliste d’un côté, et la tendance modérée d’un autre côté. La première se faisait appeler « Groupe de Casablanca » et la deuxième « Groupe de Monrovia », les noms des capitales qui les ont vu prendre corps. Que disait le Groupe de Casablanca ? C’était la tendance supranationaliste qui voulait une Afrique unie et dirigée par un seul et même gouvernement. C’est le groupe qui voulait travailler sur la base d’une carte de l’Afrique telle qu’elle se présentait avant le dépeçage du continent en 1884 à la Conférence de Berlin. Quand on pensait « union » ici, c’était de manière multidimensionnelle : politique, économique et culturelle. Se retrouvaient dans ce groupe le Ghana de Kwame Nkrumah, la Guinée de Sekou Touré, l’Egypte (RAU) de Nasser, le Mali de Modibo Keita, le Maroc du Roi Mohammed V. Il s’agissait d’États dits progressistes et anti-impérialistes.
         Quant à la tendance modérée représentée par le Groupe de Monrovia, elle considérait la vision supranationaliste du Groupe de Casablanca comme utopiste pour deux raisons principales : 1- Des disparités d’ordre culturel considérables séparent les pays africains ; il serait difficile de les faire fusionner ; 2- Les supranationalistes risqueraient d’enfermer l’Afrique dans une sorte d’autarcie par rapport au reste du monde dont elle a pourtant besoin. C’est pourquoi la tendance modérée préconisait une union souple de l’Afrique ; une union qui se ferait progressivement en matière économique tout comme dans la sphère culturelle.
A l’approche maximaliste des supranationalistes s’opposait donc l’approche minimaliste qui semble avoir été plus réaliste si on considère l’évolution de la situation ; ils étaient aussi les plus nombreux et comprenaient dix-neuf pays parmi lesquels tous les pays de l’Union Africaine et Malgache, auxquels se sont ajoutés l’Éthiopie, le Liberia, le Nigeria, la Sierra Leone, la Somalie, le Togo, la Tunisie.
         Venant arbitrer entre les maximalistes et les minimalistes, il s’est trouvé une tendance intermédiaire dont le leader était Léopold Sedar Senghor. La tendance intermédiaire est celle qui a préconisé la mise en place des regroupements sous-régionaux locaux, devant déboucher progressivement sur la réalisation de l’unité du continent. C’est la vision qui reçut le nom de « théorie des cercles concentriques ». Elle a permis à l’OUA de se concevoir comme une organisation inter-étatique pour une coopération entre États indépendants, au lieu d’une OUA qui soit une organisation supra-nationale.
         La question des États-Unis d’Afrique n’a donc pas été tranchée par la Charte de l’OUA. L’approche progressive à travers l’intégration sous-régionale se présente comme un préalable préparant l’unité. Une résolution du mois d’Août 1963 de la Conférence des Ministres CM/5/1 invitait les Etats-membres à envisager une politique de regroupement entre voisins dans le cadre des mêmes zones géographiques : Intégration économique, Intégration politique, Intégration sociale et intégration culturelle. Une résolution de l’OUA (CM/464 (XXVI) divise l’Afrique en 5 grandes régions : Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest, Afrique du Centre, Afrique de l’Est et Afrique du sud.
Si la question des États-Unis d’Afrique n’a pas été tranchée, elle n’a pas non plus été évacuée, puisque la doctrine des cercles concentriques se donne toujours comme destination finale la mise en place d’un gouvernement continental, de manière progressive et à travers les politiques d’intégration que  chacun des cinq groupes sous-régionaux devrait réussir. Ceci est un autre sujet qui nécessiterait la présentation d’un bilan.
Si je devais souligner les principales contradictions internes présentes dans cette deuxième partie, je dirais ce qui suit : 1- La première contradiction oppose la vision idyllique de l’Afrique comme étant un seul pays et le fait d’avoir rendu intangibles les frontières entre les pays, telles qu’elles ont été héritées du partage du continent. 2- La deuxième contradiction est celle qui a opposé l’idéal d’une souveraineté supranationale à la défense des souverainetés nationales multiples. 3- La théorie des cercles concentriques ayant conduit à l’institution des cinq ensembles sous-régionaux ne permet pas de voir comment pourrait s’effectuer le passage vers l’unité et les Etats-Unis d’Afrique., si l’unité au sein de chacun des cinq ensembles sous-régionaux a du mal à se confirmer.
                                      TROISIEME POINT
L’Union africaine étant  bel et bien l’expression du panafricanisme, elle doit pouvoir mieux exploiter ses institutions financières et organiser une solidarité plus efficiente pour le développement des Etats-membres.
Le premier alinéa de l’acte constitutif de l’Union Africaine se réfère au panafricanisme et affirme que les signataires auront été  : « Inspirés par les nobles idéaux qui ont guidé les pères fondateurs de notre Organisation continentale et des générations de panafricanistes dans leur détermination à promouvoir l’unité, la solidarité, la cohésion et la coopération entre les peuples d’Afrique et autres États africains… ».
Il n’y a donc pas de doute à ce sujet, sans être la solution finale projetée, l’Union Africaine s’inscrit bel et bien dans la mouvance du panafricanisme.
Abordant à présent la question du développement, je vais jeter un coup d’œil sur ce qui est réalisé dans ce domaine. Et pour cela, il me faut évoquer le « Plan d’Actions de Lagos » adopté par l’OUA en 1979 à Monrovia et qui couvrait la période 1980-2000. La Déclaration des Chefs d’Etat faite à la clôture de cette XVIè session ordinaire les engageait à « promouvoir l’intégration de leurs économies, en vue d’accroître l’auto-dépendance et de favoriser le développement endogène et auto-entretenu », et tout cela en vue de l’édification d’une économie africaine dynamique et indépendante, aux niveaux national, sous-régional et régional.
Quel a été le bilan de ce Plan d’Actions de Lagos dans le détail duquel nous ne pouvons pas entrer ici ? Le constat a été fait que les années 1990 ont montré de très maigres résultats dans la réalisation des objectifs qui étaient retenus. Parmi les raisons données pour expliquer les échecs du Plan d’Actions de Lagos j’en ai retenu deux : La première est que le PAL aurait été abandonné au profit d’autres programmes tels que le Plan d’Ajustement Structurel ( 1981), le Programme Prioritaire Africain Pour le Rétablissement Economique ( en anglais APPER), le Programme d’Action des Nations Unies pour le Développement de l’Afrique (1986) avec ses Objectifs du Millénaire, la décennie du développement industriel de l’Afrique ( 1980-90), la Décennie des Transports et des Communications en Afrique, ( 1978-1988).
La deuxième raison se trouve dans les rapports établis par la Banque Mondiale sur ce Plan d’Actions de Lagos. La remarque la plus importante que je tire de ces rapports se trouve dans l’expression d’une certaine incertitude formulée par la Banque sur les solutions proposées dans le Plan et qui butaient sur un problème essentiel : les moyens financiers que nécessitait l’atteinte des objectifs que le Plan d’Actions de Lagos s’était assignés.
Qu’est-ce qu’il faut en dire ? On peut se demander si la multitude des programmes tels que ceux cités, loin de représenter une richesse et une multiplication des chances, ne crée pas plutôt des attitudes de relâchement en poussant à placer au second plan la volonté prônée d’auto-suffisance et d’endogénéité, pour préférer , comme par amour des solutions de facilité, l’externalité que représente tous ces programmes du genre du « Programme d’action des Nations Unies pour le Développement de l’Afrique, ou encore « la Décennie du développement industriel » et la « Décennie des transports et des Communications » qui eux-mêmes n’ont pas justifié de bilans plus florissants. On a envie de dire « qui trop embrasse mal étreint ».
La Banque Mondiale a aussi mis le doigt sur le facteur le plus déterminant de tous en matière de développement, à savoir les moyens financiers qui demeurent chaque fois insuffisants et mal évalués.
Le NEPAD : Après l’échec du Plan d’Actions de Lagos est venu le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) qui avait d’abord été appelé « Nouvelle Initiative Africaine ». Elaboré par l’OUA, le NEPAD est devenu le Programme Économique de l’Union, pleinement intégré aux  structures de l’UA par les sommets successifs de Maputo au Mozambique en juillet 2003 et d’Addis Abeba en Ethiopie en juillet 2004. Le but fixé au NEPAD à sa création est de rechercher les investisseurs pour le financement des projets. Un Comité de pilotage a été mis en place chargé de préparer les termes de références des projets. Un Fonds multi-donateurs est domicilié à la BAD, le FPPI : Financement de la préparation des projets d’Infrastructures.
D’où viennent les fonds du NEPAD ? La réussite des projets du NEPAD repose sur l’Appui des donateurs, la BAD et l’APD (l’Aide Publique au Développement). Au sujet de l’APD, l’ancien Secrétaire Général de L’ONU, Monsieur Kofi Annan, faisait remarquer dans un de ses rapports, que «  L’aide accordée à l’Afrique reste modeste, comparée aux énormes subventions agricoles qui sont versées aux agriculteurs des pays développés » !Et Kofi Annan ajoutait : «  Ces subventions ont pour effet de baisser le prix des matières premières et empêchent les pays africains d’accroître leurs exportations et de sortir de la pauvreté et de leur dépendance à l’égard de l’Aide ».  Bien des promesses de donateurs restent en deçà des montants annoncés.
L’Agence de Planification et de Coordination (APC)  du NEPAD a rassemblé les aspirations de toutes les communautés économiques régionales (CER) et de leurs États-membres pour se concentrer sur le Programme pour le Développement des Infrastructures en Afrique ( PIDA) qui a été adopté en 2012. 51 projets d’infrastructures transfrontalières auraient été élaborés. Ils se répartissent en quatre secteurs : énergie, transports, technologies de l’information et de la communication et eaux transfrontalières. Certains sont de court terme, (horizon 2020, d’autres de moyen terme, (horizon 2030 et certains autres de long terme, (horizon 2040). L’incertitude qui planerait encore sur l’atteinte de ces objectifs ou la réalisation de ce programme du PIDA trouve sa cause dans l’insuffisance d’efforts auto-centrés de l’Afrique elle-même.
Il faut que l’Afrique s’organise le mieux possible pour trouver elle-même les moyens financiers  de ses ambitions ; cela aussi fait partie de l’endogénéité prônée. Les diverses assistances extérieures seront toujours les bienvenues ; mais la clef du développement de l’Afrique ne saurait se laisser mettre dans la poche alors qu’elle doit servir ! L’Aide Publique au Développement ainsi que les programmes extérieurs ne ramollissent-ils pas plutôt une Afrique  qui est chaque fois entraînée sur la voie de renonciation à fournir ses propres efforts, notamment dans la recherche du financement des projets souvent tonitruants d’ambition. Elle se sentira beaucoup plus motivée à soutenir ses efforts et à aller jusqu’au bout de ses actions quand elle se sentira fière d’avoir produit les moyens financiers par ses propres efforts.
Si autour des questions et des dossiers politiques l’Union Africaine se trouve souvent paralysée, il doit cependant lui être possible d’être plus facilement rassemblée dans le consensus, autour des questions de stratégie de développement. L’Union Africaine se trouve être aujourd’hui l’expression de la panafricanité que promeut le panafricanisme développemental. Il n’y a pas de panafricanisme  ni de panafricanité  sans affirmation ou pratique de la solidarité entre les pays riches et les pays pauvres d’Afrique. Non pas une solidarité mal comprise d’encouragement à la paresse des uns, pendant que les autres travaillent, mais une solidarité que j’appellerais ‘’tontinière’’, à la manière de ce qui se passe dans les tontines au Cameroun ; à savoir que tous les membres de la tontine veillent à ce que l’argent gagné par les uns et les autres ne soient pas dilapidés mais bien rentabilisé.
         L’idée panafricaniste concernant la mise en commun des moyens et des ressources n’est-elle pas applicable dans les circonstances d’une expression minimale de la panafricanité de solidarité de l’Union Africaine ? Sans avoir à se disperser dans toutes les directions en même temps, une attention particulière devrait pouvoir être réservée à la mise en commun des moyens financiers produits et détenus par les Africains eux-mêmes. Faudrait-il que l’Afrique demeure installée définitivement dans l’attitude passive de pays attendant les financements venant des dons et de l’Aide Publique au développement ? Il serait temps qu’elle adopte résolument la « positive attitude » par laquelle elle doit chercher à s’organiser et à trouver en son sein, des pistes de solutions africaines à ses problèmes de développement.
L’Union africaine dispose du groupe de la Banque Africaine de Développement qui comprend le Fonds Africain de développement et le Fonds Spécial Nigerian. Des créations qui remontent aux années 1963, 1972 et 1976 respectivement. Même si la BAD a déjà beaucoup fait depuis le lancement effectif de ses activités en 1966, notamment dans le financement des infrastructures, il faut aujourd’hui faire de la BAD un réel instrument de puissance africaine. Ce serait un facteur déterminant de crédibilité.
En vertu de l’article 8 portant création de la BAD, « la Banque peut instituer des fonds spéciaux ou assurer la gestion des fonds spéciaux, destinés à servir ses fins dans le cadre de ses fonctions ».
C’est en vertu de cette ouverture et de cette possibilité existante qu’on peut se dire qu’il est temps de faire jouer les principes panafricanistes de solidarité et de mise en commun des ressources des uns et des autres, en invitant les pays pétroliers d’Afrique ( grands, moyens et petits producteurs) à consentir à alimenter tous les ans, un nouveau fonds africain, selon un ratio tenant compte de la production annuelle de chacun, dans le but de faire augmenter de manière significative l’envergure et le poids de cette banque africaine. D’autres pourraient penser à privilégier la création dont il a déjà été question, d’un Fonds Monétaire Africain. Pourquoi pas ? Il me semble que l’idée n’est pas abandonnée ! Mais à présent et ici, l’idée particulière que j’avance consiste à dire que l’Union Africaine devrait sensibiliser les pays pétroliers africains dans le sens que je viens d’indiquer, à savoir que les pays pétroliers africains consentent à alimenter annuellement, un nouveau Fonds spécial de solidarité et de mise en commun des ressources selon les principes cardinaux du panafricanisme. Ce fonds pourrait être affecté à des secteurs exclusifs bien choisis.
Car, quand on va s’asseoir à une table de négociation dans le monde, on y est considéré en fonction de ce qu’on pèse, sous-entendu en pouvoir financier d’abord, en pouvoir technologique et en pouvoir militaire, sans oublier le pouvoir politique. Si le pouvoir politique réel ne viendra à l’Afrique que le jour où elle aura réalisé son unité autour d’un Exécutif unique, il lui est possible aujourd’hui, et en attendant, de se donner un pouvoir financier par le déploiement de l’envergure de la BAD.
         En effet, il est intéressant de rappeler que la Banque africaine de développement  a la latitude de créer des Fonds spéciaux tels que les deux qui fonctionnent depuis sa création :le FAD ( Fonds africain de Développement), créé en 1972 ( avec la participation  des États non-africains), pour servir plus particulièrement  les pays emprunteurs les plus fragiles, le Fonds Spécial du Nigeria, créé en 1976 qui a également pour objectif de soutenir les efforts de développement des pays membres régionaux à faibles revenus. L’accord que ce fonds a passé avec la BAD a été prolongé en 2008 pour dix ans. Il existe d’autres Fonds spéciaux dans le groupe de la BAD tels que le Fonds pétrolier arabe, le Fonds spécial d’urgence pour la « sécheresse et la famine en Afrique, et le Fonds Spécial de secours.
        
         Mais ce ne serait pas tout. L’Union Africaine ne peut pas remplir sa mission si son budget de fonctionnement n’est pas régulièrement et rigoureusement alimenté. En effet les fonds de L’U.A. proviennent des cotisations des Etats-membres et des aides financières accordées par d’autres Organisations internationales partenaires. Le fait est que l’Union Africaine reste financièrement faible. De nombreux États-membres ne paient pas leurs cotisations. Le bilan budgétaire de 2007 par exemple avait révélé qu’une vingtaine d’États membres de l’UA cumulaient des arriérés de cotisations estimés à plus de 19 millions de dollars. Et il y avait parmi eux autant d’États membres économiquement aisés que d’États membres moins aisés. Bien que L’UA ait fixé le niveau de cotisation des uns et des autres au prorata  du niveau de développement de chacun, de nombreux États continuent de traîner  le pas et ne paient que très lentement et difficilement leurs cotisations.
         Devant ce genre de situations, l’Union Africaine s’est vue obligée de recourir à la baisse de son budget, comme ce fut le cas en 2009. En procédant ainsi, l’Union Africaine limite et baisse sa capacité de réalisation de ses objectifs et par conséquent sa crédibilité. Elle est portée devant ce cas de figure, à se tourner vers des organisations internationales partenaires ; une aide extérieure qui ne favorise  l’affirmation, ni  de son autonomie, ni de son autorité.      
         Voilà bien des indications qui imposent d’adopter une attitude réaliste de panafricanistes. A quel niveau  le militantisme pan-africaniste serait-il le plus efficace et le plus attendu ? C’est, de manière urgente et décisive au niveau des individus dirigeants. C’est pourquoi les fondateurs du mouvement tels que Dubois avaient bien choisi de sensibiliser les intellectuels de l’époque, susceptibles de devenir des dirigeants dans leurs pays. Car aujourd’hui, le fait de traîner à faire payer les cotisations du pays qu’on dirige ne signifie rien d’autre que l’insuffisance d’adhésion aux principes panafricanistes. Le panafricanisme ne devrait pas se limiter à sa seule proclamation verbale ; il doit se traduire  dans les actes de ceux qui sont en situation et qui pourraient le faire progresser dans ses œuvres.
         Que dire en conclusion
Je pense qu’il y a de bonnes raisons pour continuer de militer pour que s’accélère le processus conduisant à la création des États-Unis d’Afrique. Car si l’échec du Plan d’Actions de Lagos s’explique par des raisons invoquées ici, et si le NEPAD lui-même doit rester dépendant des financements extérieurs, même si ce qui est proposé ici pour l’augmentation de la puissance d’action de la Banque Africaine de Développement devait connaître une bonne prise en compte, l’efficacité de notre panafricanisme par rapport au décollage économique de l’Afrique demeurerait problématique aussi longtemps que la coordination par un exécutif continental n’aura pas vu le jour. L’unité de l’Afrique telle que la pensent et la conçoivent les panafricanistes de la tendance supranationaliste continuerait de faire sentir sa nécessité. Permettez-moi de terminer par la citation de quelques passages du livre de Kwame Nkrumah, « L’Afrique doit s’unir » : « Les ressources de l’Afrique peuvent être utilisés au mieux des intérêts de tous, à condition d’entrer dans le cadre général d’un développement planifié à l’échelle continentale ».On pourrait se dire que les 51 projets du Programme pour le Développement des infrastructures en Afrique (PIDA) élaborés dans la cadre du NEPAD  représentent déjà la réalisation de cet objectif, sans l’existence d’un gouvernement continental. Mais comment oublier que leur réalisation est hypothétique et demeure subordonnée à des financements que ne contrôle pas l’Union Africaine ? Quelques lignes plus bas dans le livre, Kwame Nkrumah écrit encore : « Commençons à chercher en nous-mêmes la solution de tous les aspects de notre développement ». J’ai dit qu’il ne saurait être question pour l’Afrique de rejeter la coopération internationale, les dons et autres financements venant d’autres organisations internationales ; Nkrumah lui-même ne rejetait pas la coopération avec le reste du monde. Il s’agit, plus rigoureusement et  de manière pédagogique, de condamner la mentalité de la culture de la gratuité et de la recherche de la facilité au profit du développement de la culture de l’effort personnel consistant à savoir compter sur soi-même d’abord ; il s’agit de cette « positive attitude » par laquelle l’esprit du panafricanisme doit s’exprimer en direction de l’affirmation d’une volonté de se prendre en charge à travers une organisation solidaire, avant de solliciter les appuis extérieurs ! C’est pourquoi vous m’avez entendu émettre la proposition consistant à demander à L’Union Africaine d’inviter les pays pétroliers d’Afrique à consentir faire preuve de cette solidarité et de cette mise en commun des ressources, en alimentant annuellement un nouveau Fonds Spécial à ouvrir à la Banque Africaine du Développement, la BAD, que je souhaite voir conquérir le statut d’un véritable instrument de puissance pour l’Afrique ! Une puissance financière sur laquelle le développement de l’Afrique doit s’adosser, et cesser de tout attendre de l’APD et de tous ces nombreux programmes extérieurs  qui auront été à l’origine de l’échec du Plan d’Actions de  Lagos.
 D’où la troisième citation de Kwame Nkrumah , sur la même page 251 : « Nous avons des ressources agricoles, minérales et hydrauliques inouïes. Ces réserves presque fabuleuses ne peuvent être pleinement exploitées et utilisées dans l’intérêt de l’Afrique  et du peuple africain que si nous les développons dans le cadre d’un gouvernement unifié des États africains .Un tel gouvernement aura besoin d’une monnaie unique, une zone monétaire et une banque centrale d’émission ». Quant à la méthode à suivre, Nkrumah a aussi été bien clair : «  Pour commencer, nous pourrions avoir une constitution à l’intention des États qui accepteraient de constituer un noyau, en laissant la porte ouverte à tous ceux qui désireraient se fédérer ou obtiendraient la liberté de le faire ».
         M’adressant à la jeunesse estudiantine ici présente et dans le cadre de l’Institut Panafricain de Développement, il importait de vous dire, jeunes gens engagés dans la recherche doctorale et demain sûrement dans la vie active y compris politique, que l’avenir qui est le vôtre,  ne devrait pas être envisagé avec pessimisme, tant que des idéaux défendables inspirés par le mouvement panafricaniste attendent encore ceux qui les transformeront en réalités palpables. Après l’OUA, l’Union Africaine ; Et après l’Union Africaine, quelle autre étape ? Commencez à y réfléchir chers futurs décideurs dans l’Afrique de  demain !    Je vous remercie de votre aimable attention !

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