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Conference philosophique

Conference philosophique

LA PHILOSOPHIE ET L’ACTION

 Conférence donnée le 19 novembre 2008 dans la salle des fêtes du Lycée   Général Leclerc Dans le cadre de la Journée Mondiale de la Philosophie
 Instituée par l’UNESCO Par Ebénézer NJOH MOUELLE

               Quelle sollicitation faut-il deviner derrière l’intitulé du thème de La Journée Mondiale Unesco de la philosophie de la présente année, à savoir philosophie et action ? La toute première chose à dire est que l’action suppose un agent qui agit. Elle peut être simple ou complexe, libre ou mécanique. De toute évidence, la philosophie en tant que discipline et formation intellectuelle et culturelle ne saurait être un agent agissant tout seul et directement, en toute autonomie, comme si elle était une sorte d’entité indépendante…
               La philosophie ne saurait être agissante que par l’entremise des philosophes, sources potentielles d’initiatives. Le fait de mettre en parallèle ou en opposition la philosophie et l’action cache des interrogations bien plus intéressantes : Ne serait-ce pas parce que la philosophie n’offre pas, d’un côté la pensée qui serait à l’état pur, pour ainsi dire abstraite et théorique et, de l’autre les applications techniques comme le fait la science, qu’elle conduit à poser le problème de son lien à l’action ? Autrement dit, la théorie philosophique serait-elle en soi d’un autre ordre que l’ordre du monde concret et de l’action quotidienne ?

QU’EST-CE QU’IL FAUT ENTENDRE PAR PHILOSOPHIE ?
               Cette interrogation nous oblige à creuser davantage dans le sens de bien délimiter les contours de la philosophie. En effet, il existe bel et bien des aspects par lesquels la philosophie en tant que connaissance se retrouve dans la position de la science qui démonte le fonctionnement du monde en en révélant les lois.
               C’est l’occasion de rappeler ce qu’est la philosophie à ses origines, c’est-à-dire le savoir total, du moins ainsi que le concevait Aristote : Nous concevons d’abord le philosophe, écrivait Aristote, comme  possédant la totalité du savoir, dans la mesure du possible.
Et, plus tard, et selon Descartes, « toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique et les trois maîtresses branches la mécanique, la médecine et la morale »
               C’est dire que la distinction entre la théorie et ses applications dans les sciences a bel et bien concerné la philosophie dans l’exacte mesure où la philosophie englobait toute la science, c’est-à-dire tout le champ du savoir ainsi que le voulait Aristote et aussi Descartes bien plus tard.
S’il faut reconnaître que cette vision des choses n’est plus exactement la même aujourd’hui, les sciences expérimentales et positives s’étant émancipé de la philosophie, il n’en demeure pas moins vrai qu’il continue d’exister sous l’appellation de philosophie des spécialisations présentant un caractère technique  et parcellaire peu soucieuses de la démarche totalisante préoccupée du dégagement du sens global de la relation des savoirs au destin de l’homme. Il s’agit par exemple de la logique, de l’épistémologie, de la psychologie ou encore de la psychologie.
Pour ces sous domaines devenus particuliers, il est évident que la question et la nature de leur lien à l’action, c’est-à-dire à la vie quotidienne saute immédiatement aux yeux. Et lorsqu’on sonde les rapports de la philosophie à l’action, ce n’est pas à ces volets ayant conservé une allure de science qu’on pense.
               Quel contenu serait donc celui du reliquat de philosophie, pour ainsi dire, et au sujet duquel l’interrogation continue de se faire entendre ici ?
Autrement dit, si la philosophie a perdu sa dimension de science en même temps que sa prétention de connaissance totale, qu’est-elle donc demeurée pour qu’on continue de lui demander des comptes ou d’attendre d’elle une certaine opérativité de terrain ?
S’agirait-il de la métaphysique ou philosophie première s’occupant de l’étude de Dieu et du fondement de toutes choses, de la morale et des valeurs, de l’âme et de la connaissance en général ?
               Il me semble bien que nous tenons par là le noyau dur du domaine philosophique qui apparaît n’être rien d’autre que le domaine de la recherche du fondement même de l’action ; le fondement, non pas dans le sens dogmatique, mais tout à fait dans le sens rationnel.
Il s’agit de la philosophie qui veille à ne pas doubler les sciences positives en cherchant vaille que vaille à proposer des savoirs, mais plutôt davantage à réagir aux savoirs constitués comme aux pratiques axiologiques, tout en proposant chaque fois la boussole éthique de l’action..
Parce que les savoirs et les pratiques axiologiques ont besoin d’être arrachés à un dogmatisme qui tend toujours à changer la science et la conscience en valeurs de sécurité, en oppression et même en aliénation.
               Cette philosophie-là se veut et doit se vouloir toujours l’envers des certitudes, le refus des clôtures et des enfermements de toutes sortes. C’est la philosophie réflexive et analytique telle que présentée dans mon « Discours sur la vie quotidienne ».
Elle se donne la charge d’interroger ce que tels et tels savoirs et pratiques axiologiques comportent et impliquent en termes de partis pris, de préconceptions ou d’ignorances. La philosophie ainsi conçue ne saurait être une dogmatique mais plutôt une aporétique, c’est-à-dire la mise en forme des difficultés, des antinomies et des contradictions toujours apparemment dernières.

L’ACTION EST MULTIFORME
Le moment me semble venu de nous intéresser au volet action
A ce sujet, comment ne pas commencer par rappeler ce qui tend à être plus ou moins oublié, à savoir que si dans l’Antiquité grecque la connaissance était la plus grande valeur de la vie, on y traitait avec condescendance tout ce qui était technique et pratique. Le privilège de se livrer à la recherche de la vérité et à l’activité théorisante n’ayant été réservée qu’aux hommes libres ! Dans son livre intitulé « Le paradigme bioéthique », Gilbert Hottois écrit en effet que «  la pensée grecque antique méprisait la technique, le domaine pratique ; elle plaçait la vie contemplative ou théorétique au sommet ».
L’idée de Bacon et de Descartes de mettre la connaissance au service de la conquête et de la domination de la nature, autrement dit l’idée d’utiliser la connaissance et la science pour l’amélioration des conditions de vie de l’homme était une idée révolutionnaire en son temps. Il était question, selon Bacon et Descartes, de « rendre l’homme maître et possesseur de l’univers ».
               L’avènement de la techno science parachève ce mouvement qui est conduit jusqu’à certains excès aujourd’hui.
Mais l’action dont il nous faut parler à présent ne se limite pas à l’exploitation des résultats des découvertes scientifiques. A ce niveau, l’action de la philosophie demeure celle déjà mentionnée, à savoir celle de se faire la gardienne des valeurs positives et humanisantes au nom de quoi elle se fait fort de réagir aux savoirs constitués et aux pratiques axiologiques. Si l’homme est le berger de l’être selon la formule de Martin Heidegger, la philosophie est la gardienne de l’humain en l’homme.
L’action de la philosophie et des philosophes peut se présenter sous diverses formes et notamment en celles-ci que je vais énumérer :
 a)L’influence des idées philosophiques sur les mentalités,
b) La contribution à l’acquisition de la sagesse et,
c)-l’engagement individuel du philosophe dans les affaires publiques de la communauté, autrement dit en politique.

Considérons la première forme d’action :
L’influence des idées philosophiques sur les mentalités.
               Il s’agit ici d’une forme d’action indirecte. Ceux qui agissent ce sont tous ceux qui ont adopté les idées d’une philosophie propagée, vulgarisée et plus ou moins bien comprise, plus ou moins bien interprétée.
               Il se trouve malheureusement que très souvent, la diffusion d’une philosophie procède par excès de simplification pour finir par la dénaturation et la falsification de la pensée authentique des philosophes. Il est arrivé qu’il se produise un phénomène de mode pour certaines doctrines philosophiques. Les philosophies à la mode succombent à un excès de simplification qui les réduit souvent à des formules semblables à des slogans. Il en a été ainsi de la formule de J.P. Sartre « l’existence précède l’essence » qui avait semblé inviter les gens à vivre intensément alors qu’il était question de rompre avec un certain essentialisme du ciel platonicien des idées. Il n’empêche que l’idée existentialiste qui proclamait que « l’homme n’est pas programmé mais qu’il se construit était bien plus claire et mobilisatrice. Rien que les titres des livres d’André Gide : « Les nourritures terrestres » et « Les nouvelles nourritures » avaient servi de programme de vie à certains de ceux qui ne s’étaient peut-être même pas donné la peine de les lire en entier.
C’est souvent sous cette forme que bien des philosophies philosophées finissent par devenir ce qu’elles n’auraient pas dû être, à savoir des bribes ou des morceaux de pensée,  c’est-à-dire des productions figées et coupées du mouvement créateur et surtout de la globalité contextuelle dont on n’aurait jamais dû les  sortir.
               Nous pouvons ranger dans ce même registre l’influence de la pensée marxiste dont l’impact agissant a carrément été toute une révolution, une vigoureuse action de transformation du monde faisant accomplir un grand pas au simple fait de l’interpréter. La onzième thèse de Marx sur Feuerbach : « Jusqu’ici, les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde ; il s’agit à présent de le transformer »
En fait, il n’est pas nécessaire que je multiplie les illustrations de l’action de certaines philosophies philosophées par influence et effet de mode.
Dans cette forme d’action de la philosophie, le pluralisme contradictoire est inévitable. Les philosophies philosophées et à prétention de systèmes ne sauraient parler d’une seule et même voix, mais plutôt d’une multitude de voix. Et pourtant lorsque de l’extérieur la philosophie est interpellée et sommée de dire à quoi elle sert, tout se passe comme si on la voyait une et unifiée ;
               On n’a pas tant tort, à mon avis ; car la philosophie se situe non pas dans ses propositions de savoirs, mais plus exactement dans la permanente activité réflexive, analytique et de recherche herméneutique nécessairement plurielle. Dans ce pluralisme de significations et de visions synthétiques du monde se trouve le caractère fondamentalement libre de la pensée philosophique. L’activité d’interprétation du monde ne s’achève pas pour la philosophie.
               Considérons à présent le  mode d’action sous la forme d’une Contribution à l’acquisition de la sagesse. En un sens c’est même par là que je devais commencer, la philosophie étant littéralement l’amour de la sagesse. Et, ici, on doit reconnaître d’emblée à la philosophie une forme de lien à l’action, je dirais même une forme d’action à partir du moment où elle a partie liée avec la sagesse.
               Envisagée sous cet angle, c’est à l’individu que profite la philosophie. Vivre de façon philosophique c’est faire plus de cas de la vertu et s’efforcer constamment de devenir chaque jour un peu plus maître de soi. Etant donné que le plus grand accomplissement auquel le sage doit s’atteler concerne la réalisation du plus grand chef-d’œuvre de sa vie qui n’est rien d’autre que sa personnalité, comme le dirait Henri Bergson.
Est-ce à dire que le sage n’est sage que pour lui-même et qu’il ne s’occuperait que de son « salut » personnel, pour utiliser une terminologie chrétienne ?
               De toute évidence son environnement aussi tire avantage de  sa sagesse ne serait-ce qu’à travers l’harmonie et la concorde qu’il peut faire régner autour de lui.
               On comprend dès lors pourquoi Platon n’envisage pas de laisser le parfait dialecticien jouir en quelque sorte égoïstement de la vie bienheureuse des hautes sphères intellectuelles et spirituelles auxquelles il a accédé, et pense qu’il faut qu’il redescende dans la caverne pour contribuer à défaire les chaînes des prisonniers des ombres.
Cette dernière réflexion nous conduit à considérer à présent la troisième forme d’action, à savoir :

L’engagement individuel et personnel du philosophe dans les affaires de la cité, bref dans la politique.

               Sur cette question je vais me limiter à vous présenter un petit aspect de la pensée de Emmanuel Mounier et vous rappeler un ou deux textes fondamentaux du  livre VII de La République de Platon.
               Mounier a écrit toute une théorie de l’engagement par laquelle il distingue quatre dimensions de l’action. Par la première, l’homme envisage modifier la réalité extérieure. C’est l’action sur les choses, c’est le domaine de la science appliquée aux affaires humaines, c’est l’action économique. Cette forme d’action a sa propre fin dans l’efficacité. Toutefois, selon Emmanuel Mounier, l’homme ne peut résoudre ses problèmes que dans la perspective du politique qui l’articule à l’éthique en faisant en sorte d’éviter de traiter l’être humain comme une  chose.
               En second lieu, par l’action nous envisageons de nous former. Ici, l’action ne vise plus à édifier une œuvre extérieure mais à former l’agent lui-même : acquisition de l’habileté, sensibilisation à la vertu, construction de l’unité de sa personnalité. Cette zone de l’action éthique a sa propre fin et sa mesure dans l’authenticité. «  Il importe moins ici ce  que fait l’agent que comment il le fait et ce qu’il devient, ce faisant », écrit Mounier. Vous l’avez deviné, c’est de nouveau la dimension de l’action tendue vers l’acquisition de la sagesse. Emmanuel Mounier lui-même écrit : «  Parce qu’ils aspiraient à une sorte de sagesse mesurée et contemplative qui goûtait peu la puissance et dédaignait la matière, les Grecs n’ont pas développé une civilisation technique dont leurs premiers ingénieurs ont montré qu’ils en étaient fort capables ».
La troisième dimension de l’action selon Mounier est la vie contemplative dont le souci principal serait l’exploration des valeurs. L’action du contemplatif est de type prophétique ; elle assure la liaison entre le contemplatif et la pratique tout comme l’action politique.
La quatrième dimension de l’action toujours selon E. Mounier est celle qu’il appelle la dimension collective : communauté de travail, communauté de destin ou communion spirituelle sont indispensables à son humanisation intégrale.

SPECIALISATION DE L’ACTION ET PHILOSOPHIE
               Après avoir distingué ces quatre  dimensions de l’action, E. Mounier constate que l’incapacité de chaque homme à réaliser pleinement tout l’homme spécialise l’action : le technicien, le politique, le moraliste, le prophète ou le philosophe, le contemplatif. On ne peut être tout à la fois. Mais l’action, au sens courant du mot, celle qui a une incidence sur la vie publique, ne saurait se donner une base plus étroite que celle constituée par le champ qui va du pôle prophétique ou philosophique (pôle préoccupé par les valeurs) au pôle politique, (pôle de l’action au profit de la communauté).
L’homme d’action accompli, toujours selon Mounier, est celui qui porte en lui cette double polarité et qui louvoie d’un pôle à l’autre, combattant tour à tour pour assurer l’autonomie et régler la force de chacun et pour trouver les communications de l’un à l’autre. Le plus souvent, le tempérament politique qui vit dans l’aménagement et le compromis et le tempérament philosophique qui vit dans la méditation et l’audace ne co-existent pas dans le même homme.
               Pour être tout à fait clair sur la pensée de Mounier, voici un passage assez éloquent : « Une philosophie pour laquelle existent des valeurs absolues est tentée d’attendre, pour agir, des causes parfaites et des moyens irréprochables. Autant renoncer à agir », conclut-il provisoirement avant de poursuivre : « L’absolu n’est pas de ce monde et n’est pas commensurable à ce monde. Nous ne nous engageons jamais que dans des combats discutables, sur des causes imparfaites. Refuser pour autant l’engagement, c’est refuser la condition humaine. On aspire à la pureté…
Ce souci inquiet de pureté exprime souvent aussi un narcissisme supérieur, une préoccupation égocentrique d’intégrité individuelle, retranchée du drame collectif ».
               Après avoir fait mention de la pensée de Mounier le philosophe personnaliste, il m’apparaît incontournable de rappeler brièvement ce que Platon a tout aussi clairement exprimé comme position concernant la philosophie et la politique, c’est-à-dire l’action publique.
Il m’est souvent arrivé d’envoyer certains jeunes visiteurs de mon site Internet lire le livre VII de La République. En effet, certains jeunes gens, des lycéens précisément, m’ont souvent laissé des messages par lesquels, très sûrs d’eux, ils affirment qu’il y a une incompatibilité entre philosophie et politique.
               Je leur ai régulièrement demandé d’aller lire ce livre VII de La République, notamment les 519 d et e, le 520 b, c et d. Je vais me borner à ne citer que de courts extraits de deux d’entre ces textes.
               D’abord, le 519, d : « Il nous incombera donc, à nous fondateurs, d’obliger les meilleurs naturels à se tourner vers cette science que nous avons reconnue tout à l’heure comme la plus sublime, à voir le bien et à faire cette ascension ; mais après qu’ils se seront ainsi élevés et auront suffisamment contemplé le bien, gardons-nous de leur permettre ce qu’on leur permet aujourd’hui…De rester là-haut, de refuser de descendre de nouveau parmi les prisonniers et de partager avec eux travaux et honneurs, quel que soit le cas qu’on en doive faire »
Et, au 520 b-c Platon écrit s’adressant aux dialecticiens : «  Nous vous avons donné une éducation meilleure…et vous avons rendus plus capables d’allier le maniement des affaires à l’étude de la philosophie. Il faut donc que vous descendiez, chacun à votre tour, dans la commune demeure, et que vous vous accoutumiez aux ténèbres qui y règnent ; lorsque vous vous serez familiarisés avec elles, vous y verrez mille fois mieux que les habitants de ce séjour et vous connaîtrez la nature de chaque image, et de quel objet elle est image, parce que vous aurez contemplé en vérité le beau, le juste et le bien ».
         Comme vous pouvez le constater, les deux philosophes, Platon et Emmanuel Mounier se rejoignent pour attribuer au philosophe une grande responsabilité dans l’action en général et l’action politique en particulier. Si pour Mounier, l’homme d’action accompli est celui qui porte en lui la double polarité de tempérament prophétique et de tempérament politique, pour Platon l’idéal de parfait dialecticien redescendant dans la caverne ombreuse pour  y mettre de l’ordre est celle de l’homme en qui «  on verrait réunies la puissance politique et la philosophie ».

 

CONCLUSION

                La philosophie a bel et bien partie liée avec l’action. D’où vient-il qu’elle soit généralement prise pour inutile dans l’opinion ? J’avais déjà produit quelques textes dans le passé et même dans un passé relativement récent relativement à ce sujet : « Les tâches de la philosophie aujourd’hui en Afrique », in Jalons I, 1975, Ed. Cle, La philosophie est-elle inutile ? 2002, Editions Cle, Discours sur la vie quotidienne, Ed. Afredit 2007.
                 Il est possible qu’une lecture rapide de l’œuvre de Platon qui a donné lieu à l’expression d’amour platonique synonyme d’amour sans les œuvres ait également conduit à penser que l’activité philosophique était de nature exclusivement contemplative et par conséquent détachée du monde et de la vie quotidienne. Voici encore un cas des effets simplificateurs et déformants des idées philosophiques quand on les réduit à un détail isolé.
                De tout ce que je vous ai dit de la pensée d’Emmanuel Mounier je considère particulièrement pertinent le constat ou l’idée selon laquelle « l’incapacité de chaque homme à réaliser pleinement tout l’homme spécialise l’action ». Ce constat ne pousse cependant as Mounier à conseiller aux uns et aux autres de s’en tenir uniquement à une seule dimension de l’action, à savoir celle qui correspond à leur statut dans le circuit de la production. Mieux, il lui est apparu avec raison que le minimum d’espace d’action à sauvegarder en toute situation implique la dimension philosophique à travers la prise en compte nécessaire du souci du sens et de la valeur éthique dans tout ce que nous faisons. « Aucune action n’est saine et viable qui néglige tout à fait, à plus forte raison qui repousse, ou le souci de l’efficacité, ou l’apport de la vie spirituelle » déclare Mounier.
                   S’il est rare de voir réunis chez une même personne le pôle prophétique ou philosophique et le pôle politique, au sens général de l’action, ce n’est pas une raison pour décourager les efforts de ceux qui cherchent à tenir en permanence ces deux pôles de l’action.

E. NJOH MOUELLE
www.njohmouelle.org

 

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