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Actualité du 09-12-2017

PARTICIPATION AU COLLOQUE INTERNATIONAL DE PHILOSOPHIE DE COTONOU

DU 29 novembre au 1er décembre 2017, NJOH MOUELLE a pris part activement aux activités du colloque international de philosophie organisé par Le Centre Africain de Hautes Études, (CAHE) fondé par son collègue et ancien camarade au Lycée Henri IV à Paris, Paulin HOUNTONDJI°. Il y a présenté une communication portant sur le transhumanisme

COMMUNICATION PRESENTEE A COTONOU :

TRANSHUMANISME, MARCHANDS DE SCIENCE ET AVENIR DE L’HOMME



A l’annonce, au début de la présente année, de l’organisation du présent colloque par le Centre Africain de Hautes Études (CAHE) et sur le thème : ETRE HUMAIN DANS L’AFRIQUE d’AUJOURD’HUI, j’ai immédiatement fait savoir à Paulin Hountondji que j’étais en train de terminer un ouvrage portant sur le mouvement philosophico-scientifique dénommé « transhumanisme » et que je me réjouissais d’avance de devoir prendre part à cette importante rencontre conçue pour préparer en quelque sorte la participation africaine au Congrès mondial de philosophie prévue pour le mois de juin à Beijing.

Je suis heureux de voir s’accomplir ce projet et d’avoir à vous présenter la présente communication sur le transhumanisme. J’ai pris avec moi quelques exemplaires de l’ouvrage à l’intention de ceux qui aimeraient s’en procurer un exemplaire.

Ma présentation se fera en quatre points qui sont les suivants :

I – Création et objectifs du mouvement transhumaniste

II- Doctrine et conception de la nature humaine par les transhumanistes

III- Les industriels, les hommes d’affaires et la place de l’argent dans le transhumanisme

IV- L’Homme du futur proche selon le Transhumanisme

V- L’Inévitable préoccupation éthique



I- Création et objectifs

Le transhumanisme est créé et fondé comme Association Mondiale en 1998 par le philosophe anglais David Pearce, végétarien et défenseur des animaux et le Suédois Nick Boström, directeur de l’Institut pour le Futur de l’Université d’Oxford, célèbre pour ses recherches relatives aux simulations informatiques.

Même si le terme « transhumanisme » apparaît pour la première fois utilisé par Julian Huxley en 1957, ce n’est que plus tard, pendant les années 1980, que se fera l’élaboration de son véritable argumentaire. L’Association naissante transhumaniste publie en 1998 une Déclaration tenant lieu de Manifeste proclamant « le droit naturel pour ceux qui le désirent de se servir de la technologie pour accroître leurs capacités physiques, mentales ou reproductives afin d’être davantage maîtres de leurs vies ».

Plus clairement, le transhumanisme invite tout homme qui le désire à profiter des avancées de la science et des technologies pour devenir un « homme augmenté », en acquérant divers équipements nouveaux lui permettant de supprimer les faiblesses et les limitations caractéristiques de l’homme biologique que nous sommes, y compris la limitation absolue qu’est la mort !

La place de la Science et des technologies.

Les avancées dans les travaux et les résultats des recherches scientifiques qui se trouvent au cœur de l’activité transhumaniste concernent quatre domaines qui connaissent un développement accéléré. Il s’agit des avancées enregistrées dans les biotechnologies, depuis la réalisation du séquençage du génome humain. Il s’agit en second lieu de l’apparition et du développement des nanotechnologies qui se sont révélées comme le précieux outillage permettant de travailler sur l’infiniment petit, notamment sur l’atome et les molécules, les décomposant et les recomposant non sans avoir éliminé cellules, tissus et gènes indésirables dans le cadre du séquençage des ADN des individus. Il s’agit du domaine de l’Intelligence Artificielle, autrement dit de l’informatique qui perfectionne sans arrêt ses capacités de performances supérieures à travers l’usage des algorithmes et de la programmation, servie par la mise à disposition des bases importantes de données s’offrant à toutes sortes de combinaisons et de montages. Il s’agit aussi des sciences du fonctionnement du cerveau humain encore dites sciences cognitives, et qui aident à copier ou à simuler le cerveau humain sur la machine ou l’ordinateur. Une orientation privilégiée par les transhumanistes et qui conduit à la robotisation en toutes choses. Une robotisation qui ne se limite pas à l’automatisation mais s’enrichit d’une intelligence susceptible de devenir une superintelligence pouvant connaître une auto-évoluation conduisant à ce que Ray Kurzweil désigne par le concept de « SINGULARITY ». Comparable, selon les termes de Ray Kurzweil lui-même à ce que les astro-physiciens désignent par le concept de « trou noir ».

Le sigle donné à ces quatre domaines est le NBIC pour Nanotechnologies, Biotechnologies, Intelligence Artificielle et Sciences Cognitives. La convergence des NBIC a fait naître l’ingénierie génétique par laquelle on modifie la constitution génétique d’un organisme et l’ingénierie tissulaire par laquelle on remplace ou répare des parties de tissus ou des tissus entiers.

Les possibilités sont ainsi offertes à tout homme, à condition de le vouloir et d’en avoir les moyens financiers, de se départir de mauvais gènes issus d’une batterie héréditaire corrigible désormais. On voit poindre ici déjà la question délicate de l’eugénisme. Nous allons y revenir.

II- Doctrine et conception de la nature humaine

Concernant la nature humaine les transhumanistes proclament que contrairement à ce que semblait croire l’humanisme de la période de la Renaissance en Europe, la nature humaine n’est pas intangible ; elle serait modifiable et cela semble être une des affirmations fortes du transhumanisme; modification à laquelle elle se consacre donc par le moyen de la science et de la technologie. Et l’interprétation que le transhumanisme fait du concept de perfectibilité de l’homme ne s’appuie pas sur l’idée de potentialités à développer ainsi que le concevait J.J. Rousseau selon lequel l’homme devait sortir de « l’état de nature » pour devenir un homme véritable en se socialisant ; c’est-à-dire en devenant un être de relations sollicitant ses facultés naturelles, dans une logique du principe qui veut que la fonction crée l’organe.

Pour les transhumanistes, la perfectibilité s’appuie essentiellement sur la science et sur l’idée d’ajout, d’addition, pour tout dire d’augmentation, nécessairement quantitative et matérielle, non pas en termes de nombre d’outils et d’appareils que l’homme a commencé à produire depuis l’âge de la pierre taillée et qui lui demeurent extérieurs, mais plutôt sur la base d’une vision de ‘’l’homme supérieur’’ comme étant un homme augmenté en son corps propre, qui verrait circuler dans ses artères des nano-robots plus petits que les globules rouges et chargés de détruire des agents pathogènes, de corriger les erreurs de notre ADN, d’éliminer des toxines et d’effectuer toutes sortes d’autres taches pour améliorer notre bien-être physique, telle que servir en temps réel des mesures de notre métabolisme ; qu’il s’agisse du taux de glycémie dans le sang ou qu’il s’agisse du degré de tension artérielle et du rythme des battements du cœur. Tout comme, toujours intégré dans son corps, il verrait son cerveau abriter des disques durs lui permettant d’augmenter sa capacité mnémonique. Une augmentation qui irait même jusqu’au couplage du cerveau de l’homme avec la machine, l’ordinateur, voire jusqu’à l’hybridation homme-machine. Les transhumanistes parlent même du téléversement de la conscience dans la machine.

Des annonces enchanteresses

Sur la base de ces possibilités qu’offrent les progrès scientifiques, les transhumanistes miroitent à l’humanité des lendemains plus ou moins enchanteurs. D’abord quelques déclarations : Dans la Déclaration de 1998 servant de Manifeste du Mouvement, on peut lire : « Nous souhaitons nous épanouir en transcendant nos limites biologiques actuelles ». Mais citons quelques auteurs. L’Anglais Max More, philosophe futuriste né à Bristol en 1964, auteur de « On becoming posthuman » affirme : « Nous allons au-delà de beaucoup d’humanistes en ce que nous proposons des modifications fondamentales de la nature humaine en vue de son amélioration ». Nick Boström dont nous avons déjà parlé, né le 10 mars 1973 à Helsingborg, auteur de « Human reproductive cloning from the perspective of the future » a écrit : « Un jour nous aurons l’option d’étendre nos capacités intellectuelles, physiques et spirituelles très au-delà des niveaux qui sont possibles aujourd’hui. Ce sera la fin de l’enfance de l’humanité et le début d’une ère post-humaine ». Sur le clonage humain reproductif, sa position est nette et claire : « Un clone humain serait une personne unique méritant autant de respect et de dignité que n’importe quel autre être humain ». Il nous faut citer à présent le chirurgien et urologue français Laurent Alexandre, Président de la Société de séquençage de l’ADN DNA Vision, auteur de La mort de la mort et de La défaite du Cancer :« La convergence des nanotechnologies (N), des biotechnologies (B), de l’Intelligence Artificielle ( I ) et des sciences cognitives ( C ) contribue à faire reculer la mort. La combinaison des NBIC doit conduire, selon les théoriciens scientifiques du transhumanisme, à la « modification des limites de l’humain et de ses caractères » . Un être humain qui pourrait migrer hors de son enveloppe biologique

Après ces déclarations fortes et qui intriguent, voici quelques-unes des annonces que diffuse le mouvement transhumaniste et qui s’appuient sur un certain nombre de résultats déjà probants sur le terrain de la recherche : D’abord les quelques faits probants : selon les déclarations en 2002 à Montréal, du porte-parole de l’Association Mondiale Transhumaniste au Québec, Justice De Thézier de son nom :

1-Des chercheurs ont utilisé des techniques de génie génétique pour créer des souris qui sont plus fortes, plus intelligentes et qui vivent deux fois plus longtemps qu’une souris normale.

2-Tous les gènes qui ont été changés chez ces souris se retrouvent aussi chez l’homme. Ce qui suggère que les mêmes techniques pourraient être utilisées chez l’homme avec succès.

3-Presque 10000 adultes humains ont déjà eu leurs gènes modifiés pour traiter des maladies génétiques.

4-Près de deux millions de bébés sont nés après avoir été conçus dans une éprouvette à travers la fertilisation in vitro.

5-7000 personnes sourdes ont eu leur ouïe restaurée à travers des électrodes implantées dans leurs cerveaux pour contrôler la maladie de Parkinson.

6- Une poignée d’hommes et de femmes paralysés ont des électrodes dans leurs cerveaux qui leur permettent de contrôler des appareils ménagers ou des bras robotiques par la simple pensée.

7-Plus d’une douzaine de groupes de recherche ont testé des implants qui peuvent restaurer la vue à un aveugle en envoyant des signaux visuels dans le nerf optique ou le cortex visuel.

A partir de là, voici les innovations possibles telles qu’annoncées par les transhumanistes :

1- On pourra implanter des extensions de mémoire dans notre cerveau

2- On pourra reprogrammer nos cellules afin d’éviter certaines maladies

3- On pourra allonger l’espérance de vie, voire même vivre des milliers d’années, la vieillesse elle-même étant perçue comme une maladie dont a trouvé le remède

4- On pourra transformer les identités sexuelles

5- On pourra transformer les modes de génération : in vitro, mais aussi en l’absence de toute fusion mâle/femelle

6- Des implants rétiniens pourront donner la vue d’un chat la nuit

7- Des chercheurs ont même déjà mis au point des lentilles de contact qui peuvent zoomer. Mais une prothèse rétinienne qui pourrait faire la même chose devrait permettre de pouvoir le faire en permanence.

III-La grande place occupée par des industriels dans le transhumanisme

Voilà ce qui justifie l’entrée en scène des industriels qui vont se mettre à financer la fabrication de ces équipements destinés à contribuer à servir pour l’augmentation de l’homme. Au premier rang de ces industriels se trouvent tous les géants du web et en particulier Google. Pour simplifier et aller vite, voici les entreprises créés ou rachetées par le plus costaud des membres du groupe GAFA , à savoir Google :

Pour aider à l’augmentation de l’espérance de vie de 20 à 30 ans d’ici 2035, Google a créé l’entreprise Callico. L’entreprise a investi dans le séquençage de l’ADN avec sa filiale « 23 and ME » et Verily chargée de trouver le secret du cancer et de guérir le diabète. Puis il y a « Google Deep Mind » chargée du développement de l’intelligence artificielle susceptible de s’auto-développper et de devenir autonome jusqu’au point de prendre des décisions susceptibles de menacer l’existence de son programmeur initial, l’homme. Ce secteur est placé sous la direction et l’animation de Ray Kurzweil, présenté comme le directeur de l’ingénierie chez Google. Google s’occupe aussi d’installer un maillage planétaire pour l’accès à Internet grâce à des ballons et à des drones : c’est la responsabilité de « Project Loon et de Project Titan. Pour vendre des robots il a créé « Replicant ». Pour faire rouler des voitures autonomes c’est la responsabilité de « Google Car ». Pour être le roi de la domotique, il a racheté l’entreprise « Nest » ; la domotique s’occupe de rendre les maisons intelligentes en faisant se communiquer plusieurs équipements que contient une habitation. Avec l’entreprise Nest, il s’agit de se procurer l’information utile pour la publicité ciblée et la vente des services à d’autres opérateurs économiques en fabricant des objets intelligents connectés tels que des aspirateurs intelligents et connectés, des lave-linge intelligents et connectés, des micro-ondes intelligents et connectés. Samsung, dans le même esprit, a prévenu les acheteurs de ses Smart TV que quand l’appareil est allumé et fonctionne les discussions et échanges tout autour sont enregistrés.

Il n’y a donc pas que les équipements de l’homme augmenté qui attendent que des clients se précipitent pour se les approprier, il ya des objets intelligents connectés et par conséquent espions tels que des montres, des lunettes, des stylos, des fours, des aspirateurs, des portables, des téléviseurs, etc. Ce que cherche Google en particulier c’est se servir de l’information dont il quadrille la récupération afin de dominer le monde.

C’est pourquoi il nous a semblé que l’étiquette philosophique de transhumanisme est un alibi de marque affichée de noblesse derrière un activisme principalement commercial et à but d’enrichissement. Walter Raleigh avait déjà affirmé au 16è siècle que « qui tient le commerce, tient la richesse ; et qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même ». Telle nous semble être aujourd’hui la réelle motivation du groupe GAFA et de Google en premier.

IV-Y- a-t-il encore de l’humain dans la vision de l’homme selon le transhumanisme ?

En se donnant l’objectif de faire converger les inventions techniques pour changer le vivant homme, le transhumanisme décrit une évolution en trois étapes, telles du moins que les présente Joël De Rosnay (Futurologue français, né en 1937, spécialiste de la biologie moléculaire qui a été un professeur associé à l’Institut de Technologie de Massachusetts, entre autres : La Première étape serait celle de L’Homme réparé. Ici, de plus en plus de personnes seront bénéficiaires de greffes et de prothèses (cœurs artificiels, jambes artificielles, cas de l’athlète sud-africain Oscar Pistorius). On peut affirmer que nous vivons déjà cette étape qui est celle du transhumanisme thérapeutique normal. La deuxième étape serait celle de l’homme transformé, un homme rempli de puces électroniques diverses évaluant ses mesures métaboliques. Il aura le cerveau couplé avec des disques durs et ne sera dès lors qu’un seul neurone intégré dans un système plus vaste que son seul système nerveux. C’est l’étape qui verra se déployer des expériences en eugénisme, et amélioration de sa nature par l’homme. Quant à la Troisième étape, celle de L’Homme augmenté, elle verra un homme fait de pièces détachées afin de perfectionner ses capacités naturelles. (La mémoire notamment) ; ce sera l’étape du surhomme, le posthumain ou le cyborg.

Selon Joël De Rosnay en effet, « l’homme du futur sera le résultat d’une complémentarité et, il faut l’espérer, d’une symbiose, entre un homme vivant biologique et ce micro-organisme hybride (électronique, mécanique, biologique) qui se développe à une vitesse extraordinaire sur Terre et qui va déterminer, en partie, son avenir ».

Selon le roboticien Hans Moravec (né le 30 novembre 1948 en Autriche, membre de l’Institut de Robotique de la Carnegie Mellon University, auteur de nombreux écrits sur les robots dont « Robot : Mere Machine to transcend Mind, « nos sens naturels deviendront inutiles et désuets car, dit-il, « nos sens se sont développés quand le monde était sauvage ; ils permettaient à nos ancêtres de détecter les opportunités et les dangers. Les sens sont moins utiles dans le monde domestiqué où nos interactions deviennent des échanges d’informations de plus en plus simples ». L’homme transhumanisé, la fusion programmée entre l’homme et la machine, le cyborg, puisqu’il faut l’appeler par son nom, pourra donc contourner les processus naturels et même en créer de nouveaux : « sentir une couleur, au lieu de seulement la voir, goûter un son, au lieu de seulement l’entendre, sentir une image distante.

Quoi qu’ils prétendent, les transhumanistes nous proposent un avenir d’homme déshumanisé et pratiquement mécanisé, quand nous pensons aux expressions telles que celles de « téléversement de la conscience dans l’espace digital », ou encore de la migration de l’homme de son enveloppe biologique en vue d’un couplage avec la machine.

C’est le lieu et l’occasion pour nous de nous souvenir qu’il y eut un philosophe français qui, déjà en 1932, en publiant ses Deux sources de la morale et de la religion alors que les avancées de la technologie n’étaient pas encore aussi importantes qu’elles le sont aujourd’hui, avait perçu le déséquilibre entre un corps démesurément agrandi et réclamant un supplément d’âme. Il s’agit d’Henri Bergson qui écrivait alors : « La nature, en nous dotant d’une intelligence essentiellement fabricatrice, avait ainsi préparé pour nous un certain agrandissement. Mais des machines… sont venues donner à notre organisme une extension si vaste et une puissance si formidable, si disproportionnée à sa dimension et à sa force, que sûrement il n’en avait rien été prévu dans le plan de structure de notre espèce…. Or dans ce corps démesurément grossi, l’âme reste ce qu’elle était, trop petite maintenant pour le remplir, trop faible pour le diriger…Ajoutons que le corps agrandi attend un supplément d’âme, et que la mécanique exigerait une mystique ». Les transhumanistes utilisent le concept d’augmentation là où Henri Bergson parlait d’agrandissement du même corps de l’homme par le biais de la fabrication des « organes artificiels » que sont les machines et tous les autres outils d’exosomatisation, pour reprendre l’expression de Bernard Stiegler. Et puis, alors que Bergson voyait et plaçait le « dépassement de la condition humaine » dans la dimension de l’intériorité et de la spiritualité, les transhumanistes orientent fortement le dépassement de la condition humaine dans la seule dimension de l’extériorité et de la matérialité. Là où Bergson trace la perspective de l’avènement et de la généralisation du « mystique », les chercheurs et autres ingénieurs transhumanistes oeuvrent en vue de l’avènement de l’homme augmenté, une terminologie qui définit cette orientation en quantification matérielle et ustensile de l’homme.

V-La préoccupation éthique s’impose d’elle-même :

Le transhumanisme interpelle la conscience morale parce qu’il pousse à soulever des interrogations autour de l’eugénisme qu’il encourage, même s’il prend soin de préciser qu’il s’agit d’un eugénisme de libre choix individuel et non un eugénisme d’État. Quand il pousse à s’interroger sur le bien-fondé de cette évolution qui n’est pas laissée à la spontanéité de la nature, à la manière darwinienne, mais prise en charge par des puissances financières orientant la recherche scientifique qu’elles financent vers la production des moyens indirects d’élimination et d’écrasement d’une immense majorité d’êtres humains, non seulement faibles économiquement, mais encore pas nécessairement désireux de se voir transformés en hybrides hommes-machines. Et nous laissons de côté la question sociale de la concurrence déloyale qu’imposeraient aux demandeurs d’emplois et aux travailleurs en place, des robots plus performants dans leurs domaines ?

Quand Ronald Bailey, l’un des promoteurs du Mouvement Transhumaniste, (né au Texas en novembre 1953, auteur de « Liberation biologie : The moral and scientific case for the Biotech Revolution, Ed. Prometheus 2005), affirme que « le transhumanisme incarne les aspirations les plus audacieuses, courageuses, imaginatives et idéalistes de l’humanité », il est contredit par Francis Fukuyama, Philosophe et sociologue américain, qui avait affirmé le contraire auparavant en 2003 en écrivant dans son livre La fin de l’homme. Les conséquences de la révolution biotechnique que « le transhumanisme est l’idée la plus dangereuse du monde », et que, « tandis que la science avance, la morale doit défendre l’intégrité de la nature humaine et la dignité de l’homme ».

Nous ne pouvons pas entrer dans plus de détails, ni dans la reproduction de toutes les analyses et discussions des cas précis particulièrement interpellatifs, tel que celui de l’éventuelle possibilité pour les femmes qui le désireraient, de ne plus porter des grossesses mais de faire recours à des utérus artificiels , imaginés déjà depuis 1923 par le généticien John B. S. Haldane et en train d’être remis au goût du jour par le transhumanisme : une sorte d’ectogenèse consistant en une externalisation de la grossesse dans une couveuse servant d’utérus et rempli d’un liquide amniotique de synthèse, où le placenta est remplacé par des machines qui fournissent au fœtus les hormones et les nutriments dont il a besoin pour son développement.

Dans notre ouvrage intitulé « Transhumanisme, Marchands de science et Avenir de l’homme », nous proposons de ne pas laisser évoluer cette situation sans garde-fou. Et les garde-fous devraient consister en une législation cas par cas, au lieu de l’adoption d’un code éthique qui ne revêtirait aucune force de coercition. C’est déjà le cas avec « Les Trois Lois de la Robotique » imaginées par l’écrivain russe de science –fiction Isaac Asimov.(Première loi : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. Deuxième loi : Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradiction avec la première loi. Troisième loi : Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’est pas en contradiction avec la première ou la deuxième loi »

Deux initiatives dans l’ordre éthique sont prises par les industriels et financiers du transhumanisme technologique eux-mêmes. Mais il y a lieu de se demander si ce n’est pas pour se donner bonne conscience que les géants du web que sont Google, Apple, Facebook et Amazon, se sont associés en un « Partenariat pour une éthique de l’intelligence artificielle » en septembre 2016 ! De même, en janvier 2017, à l’Institut pour le Futur de la Vie (Future of Life Institute) il s’est tenu un séminaire sur le « Beneficial Artificial Intelligence » (L’Intelligence Artificielle Bénéfique). C’était à Asilomar en Californie. Cette rencontre a donné lieu à l’adoption de principes baptisés « Les 23 Principes d’Asilomar » qui ont été signés par 2000 personnalités parmi lesquelles l’astrophysicien d’origine britannique Stephen Hawkings et le patron de Space X et de Tesla Elon Musk. 23 principes forts qui ne sauraient rencontrer que l’agrément de tout le monde, et pourtant des principes dont la mise en œuvre demeure des plus hypothétiques, les protagonistes de ce mouvement étant les premiers à continuer à lancer des alertes au moment même où ils poursuivent la production d’objets intelligents connectés et espions, dans une logique de concurrence qu’ils se livrent entre eux. Comment nous retiendrions nous de rappeler ici les déclarations inquiétantes suivantes des responsables de Google : En 2004, Larry Page, co-fondateur de Google, aurait déclaré : « Google sera inclus dans le cerveau des gens. Et quand vous penserez à quelque chose, il vous donnera automatiquement la réponse ». En 2009, le PDG de Google, Eric Schmidt, aurait conseillé ceci : « Si vous faites des choses que vous ne voulez pas que les autres sachent, peut-être devriez-vous simplement ne pas les faire ». En 2010, le même Éric Schmidt aurait renchéri : Nous savons où vous êtes, nous savons où vous étiez, nous savons plus ou moins ce que vous pensez ». Mais le plus ahurissant est venu d’un autre Co-fondateur de Google en la personne de Sergeï Brin qui a asséné en toute arrogance : « Nous voulons que Google soit la troisième moitié de votre cerveau ».

Dans son roman Nineteen-Eighty-Four, traduit en français par 1984, George Orwell (1903-1950) avait écrit : « Imaginez un État qui vous demande de porter en permanence sur vous une boîte qui dirait où vous êtes, avec qui vous parlez, quasiment ce que vous pensez : vous direz que c’est un État totalitaire ». Ne voici-t-il pas Google se comportant comme cet État qu’il veut être, au service de soi-même et des États qui demanderaient ses services, peut-être ?

Il va donc falloir règlementer. Mais si certains États produisent une réglementation que nous souhaitons se faire cas par cas et que d’autres ne font pas la même chose, cela ne servirait à rien. Et pourtant la menace sur l’avenir de l’homme est perceptible si nous nous référons aux multiples réactions provenant de diverses rencontres sur le sujet, tant en Europe qu’aux États-Unis eux-mêmes. Il faut pousser du mieux que nous pouvons en direction de la reforme de l’Organisation des Nations Unies et dans la direction d’y créer une assemblée des citoyens du monde dans la logique des propositions de l’Association « Citoyens du monde » crée en 1966 à la suite de l’Appel des treize signée à Paris par treize personnalités de premier plan, parmi lesquelles plusieurs prix Nobel.

UN DERNIER MOT

Ceux qui liront le livre verront que j’introduis le chapitre I par une interrogation reprise d’Henri Bergson concernant les motivations de « l’esprit d’invention ». L’interrogation est celle-ci : « L’esprit d’invention suscite-t-il nécessairement des besoins artificiels ou, ce ne serait-il pas le besoin artificiel qui aurait orienté l’esprit d’invention ? ». Bergson avait répondu sans hésitation que c’est le besoin artificiel qui oriente et stimule l’esprit d’invention. S’il vivait aujourd’hui, nous lui demanderions de dire si des besoins servant d’objectifs de recherche aujourd’hui, tels que le besoin d’une vie éternelle sur Terre, le besoin d’augmenter la puissance calculatrice du cerveau humain, le besoin de supprimer la maladie, etc, sont des besoins artificiels ou plutôt des besoins relevant du registre du nécessaire ?Comme par anticipation visionnaire sur ce qui se passe de nos jours avec le transhumanisme, Il nous répondrait que « la vérité est que c’est le plus souvent par amour du luxe qu’on désire le bien-être…et qu’au commencement était la vanité »../

Ebénézer NJOH MOUELLE
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Avec son camarade Paulin HOUNTONDJI, Classes Préparatoires 1960 1962 Lycée Henri IV Paris

En train de présenter sa communication

Une vue du panel

Jour d'ouverture du colloque:avec le représentant de Mme la Ministre de l'Enseignement Supérieur du Benin


A droite de HOUNTONDJI un collègue de Côte d'Ivoire

Dernier jour du colloque avec un collègue de KINSHASA

Jour d'ouverture: une vue premier rang de la salle

Photo de groupe avec quelques participants au colloque
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(C)octobre 2007 Réalisation BDSOFT