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Actualité du 03-03-2009

2 Fevrier 2009, Table ronde sur le bilinguisme à la fondation Muna à Yaoundé

L’Association des Anciens élèves du premier Lycée Bilingue du Cameroun, à savoir le Lycée Bilingue de Buéa, a invité M. Njoh Mouelle à participer à une table ronde le lundi 2 février 2009, dans le cadre de la semaine du bilinguisme au Cameroun. Il est significatif que ce soit le philosophe et l’aîné des membres du panel, qui ait eu à traiter de l’avenir du bilinguisme pendant que deux autres intervenants devaient parler du bilinguisme d’hier, (un ancien élève de la toute première promotion) et du bilinguisme d’aujourd’hui, (une inspectrice pédagogique au Ministère des Enseignements Secondaires).

LE BILINGUISME DEMAIN



Parler du bilinguisme de demain c’est chercher à se fixer une vision claire de ce qu’il doit être, ce qu’il devrait produire comme changement dans la société camerounaise. Il importe donc que nous commencions par dire deux ou trois orientations qui pourraient avoir la prétention d’être appelées les objectifs globaux à atteindre.

Les objectifs à atteindre

1°)- Faire en sorte que le jour vienne où les termes « francophones » et « anglophones » ne laisseront plus l’impression, dans leur usage, de désigner deux tribus additionnelles au Cameroun.

2°)- Faire en sorte qu’adviennent les jours où le bilinguisme officiel français – anglais s’adossera sur un socle de bilinguisme de communication sociale quotidienne qui n’aura plus à se soucier de la distinction entre francophones et anglophones.

3°)- Œuvrer dans le sens de faire en sorte que le stade suprême de l’évolution de notre bilinguisme soit le stade qui verra la disparition de la distinction entre les lycées bilingues et les autres, autrement dit, le stade où tous les lycées seront naturellement devenus des lycées bilingues.



Un commentaire : Il s’agit d’un stade où, dans l’idéal, les parents à la maison parlent en français ou en anglais, en dehors de parler leurs langues nationales. Un stade où les enfants aussi, à la maison peuvent également communiquer dans l’une ou l’autre langue. Un stade où les enseignants eux-mêmes sont déjà en mesure de dispenser leurs enseignements soit en français soit en anglais, pendant que les élèves à leur tour renforcent leurs connaissances spécialisées ( histoire ou géographie, etc) en même temps que leurs connaissances des langues ( enrichissement du vocabulaire et des expressions idiomatiques)



Les axes d’action pour atteindre ces objectifs.



Que faudra-t-il faire pour tenter d’atteindre ces objectifs ? Comment créer un environnement culturel caractérisé par une stimulation de l’intérêt des gens pour les langues ? Car il faudra créer dans l’opinion publique un grand intérêt pour l’apprentissage des langues.



Rôle de l’Ecole de traducteurs et d’interprètes de l’Université de Buéa

La création d’une certaine effervescence autour de l’intérêt pour les langues devrait consister à conduire notre pays à apparaître, non pas comme un pays seulement bilingue, mais comme un pays plurilingue. Je ne pense pas seulement aux langues nationales ; je pense à l’introduction à l’école de Buéa l’étude des langues en usage dans les conférences internationales et en particulier à celles du système des Nations Unies.

En effet, en dehors du français et de l’anglais, l’école de Buéa devrait introduire l’étude, en vue de la traduction et de l’interprétariat, de quatre autres langues que sont l’arabe, le chinois, l’espagnol et le russe.



Quels sont les effets recherchés ici ?

a)Projection à l’extérieur de l’image d’un Cameroun plurilingue :

Par une politique volontariste et tendant à favoriser la présence des traducteurs et interprètes camerounais dans les cabines de traduction des conférences internationales. Cela accroîtrait indiscutablement la visibilité linguistique du Cameroun.

N.B. Il y a quelques années un certain nombre de traducteurs fonctionnaires commençaient à se sentir à l’étroit dans les bureaux des administrations, sans grandes perspectives de carrière. Leur travail se limitait pour la plupart d’entre eux, aux traductions des actes officiels ( décrets, arrêtés, décisions), aux traductions des discours, etc. Quelques-uns de ceux-là ont pu trouver des offres intéressantes à l’extérieur et ils les ont exploitées.



b)Promouvoir à l’intérieur l’intérêt pour les langues

En développant une politique volontariste d’accueil permanent des rencontres internationales tant à Yaoundé, qu’à Buéa, à Douala notamment. Nous ferions encore travailler et connaître les traducteurs et interprètes camerounais formés à Buéa. Nous ferions également découvrir, au côté d’un pays Afrique en miniature au plan touristique, un pays plurilingue et encourageant l’étude des langues étrangères. Pourquoi ne pas en faire une spécialité camerounaise ? Le statut de pays bilingue justifierait amplement une telle orientation !



Il y aurait également et conséquemment lieu d’encourager de diverses manières, y compris fiscales, pour l’importation des laboratoires de langues, l’émergence des promoteurs économiques dans ce secteur culturel. Il s’agit de faire créer et se multiplier dans nos villes des écoles pratiques d’apprentissage des langues étrangères.

Il y aurait à espérer ici aussi, une stimulation de l’offre camerounaise de services linguistiques dans la zone Cemac



L’exploitation des stages linguistiques dans le cadre de la formation des enseignants

Notre pays devrait s’organiser en vue d’accueillir sur notre sol des élèves professeurs des écoles normales ou des universités des pays environnants. Les élèves professeurs provenant des pays francophones iraient de préférence à Buéa ou Bamenda, tandis que les élèves professeurs provenant des pays anglophones d’Afrique iraient de préférence à Yaoundé, Douala ou Dschang.



Je vois cette expérience se développant dans une orientation axée prioritairement sur la maîtrise de ces langues comparativement à la place réservée aux cultures et littératures anglaises ou françaises.

L’expérience camerounaise des stages linguistiques en France et en Grande .Bretagne .avait été destinée à donner aux futurs professeurs de ces langues une expérience vécue des cultures de base dont ces langues étaient naturellement les véhicules. Aujourd’hui, la formation bilingue, tant à la FALSH qu’à l’E.N.S, ne donne plus lieu à un séjour de neuf mois à l’étranger. C’est pourquoi ce serait sans complexe que le Cameroun, mettant le plus grand accent sur la maîtrise des langues par rapport aux cultures et aux littératures, chercherait une fois de plus à transformer une contingence historique en une politique délibérément choisie.



Ce que je suis en train de dire sur cette question est ceci : les millions d’hommes et de femmes qui parlent l’anglais dans le monde et qui ne sont pas des citoyens de la Grande Bretagne n’ont affaire qu’à cet aspect essentiellement communicationnel de l’anglais. La même chose devrait être dite au sujet de la langue française. Autrement dit ces langues sont de plus en plus détachées de leur arrière-plans littéraire, civilisationnel et culturel.



Il y a une grande plage d’affaires lucratives qui s’offrira aux opérateurs économiques qui hésitent toujours avant de s’engager dans le domaine culturel.

(Le théâtre.)



Conclusion :

Il s’impose à nous le devoir d’assumer totalement l’héritage colonial historique en le transformant en choix libre. Il s’agit, à travers ce choix libre dont j’ai esquissé ici quelques axes d’action, de transformer le Cameroun bilingue en un Cameroun accueillant divers parlers et correspondant à cette Afrique en miniature déjà reconnue et vantée. Ce ne sont pas des données de la nature ; ce sont tout au plus des données de l’Histoire ; d’une Histoire toujours et encore en cours de construction. Nous devons sans plus attendre songer à poser notre pierre volontariste pour orienter cette construction historique permanente et non attendre la subir au gré des influences extérieures.
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Images


Une photo avec quelques membres du panel ainsi que du bureau de l'association des anciens élèves du lycée bilingue de Buea.
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(C)octobre 2007 Réalisation BDSOFT