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Actualité du 06-08-2012

31 JUILLET 2012 AU CERCLE CAMEROUNAIS DE PHILOSOPHIE

Clôture des Activités de l’année 2011- 2012 par une table ronde coordonnée par le Président du Cercle, E. NJOH MOUELLE et consacrée à la synthèse des débats autour de la question des philosophies de la postmodernité

Sous la modération d’Ebénézer Njoh Mouelle, la table ronde a eu comme panélistes les professeurs Pius Ondoua, Chef du Département de philosophie à la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Yaoundé I, Nkolo Foe, Chef du Département de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure de l’Université de Yaoundé I, Hubert Mono Ndjana, Ancien Chef du Département de philosophie à la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Yaoundé I, Charles Romain Mbele, Maître de Conférences à l’Ecole Normale Supérieure de L’Université de Yaoundé I et Emile Kenmogne, HDR/Chargé de Cours à la FALSH et Secrétaire Général du Cercaphi.

Chaque panéliste a eu à présenter à l’auditoire, soit son point de vue synthétique sur la postmodernité philosophique dans son ensemble, soit une élaboration sur l’un quelconque des points dominants de sa conférence produite pendant l’année, et portant sur la place réservée par ce courant de pensée à la raison et à l’idée d’universel, à l’Un et au multiple, à l’idée de progrès ou encore au rôle joué par le sujet dans le processus de la connaissance, principalement.

Avec Nkolo Foe, il s’est agi de ce qu’il a intitulé lui-même comme étant une « Révisitation du post-modernisme à travers quelques thèmes fondateurs hérités du heidegerrianisme, à savoir l’ontologie herméneutique, l’être-langage, le constructivisme ». Si Nkolo Foe a mis en évidence le caractère effarant d’une certaine déconstruction conceptuelle et axiologique à travers l’évocation des notions post-modernistes telles que celles de la précarité et du métissage érigées au rang de valeurs positives et proposées comme devant être acceptées comme telles, il a également marqué sa distance avec une idéologie qui lui semble sous-tendre les dernières avancées de l’ultra-libéralisme. La philosophie post-moderniste selon lui, représente ce qu’il faudrait considérer comme la philosophie de la « mythique classe mondiale ».

Pius Ondoua a, quant à lui, choisi de parler de « la critique du rationnel et de sa puissance chez Dominique Janicaud ». Sa ré-interrogation de la rationalité sur fond de ‘’refus de l’absolutisation de l’architectonique kantienne de la raison ne s’est pas accompagnée d’une prise de distance par rapport à Janicaud qui dénonce ce qu’il appelle une ‘’impuissance de la raison’’ quand il s’agit de mettre de l’ordre dans l’émotionnel. Mais pendant le débat, Pius Ondoua qui remettait en cause le concept d’irrationnel lui-même, a dû se faire rappeler que s’il existe plusieurs rationalités, il est difficile de méconnaître le fait de l’existence d’un dénominateur commun à la multitude des rationalités, (sortes de schémas explicatifs des fonctionnements des réalités diverses) et qui n’est autre que la raison universelle.

Après le professeur Pius Ondoua, ce fut le tour du professeur Charles Romain Mbele qui a choisi de parler de ‘’la pensée postcoloniale comme une variante africaine du post-modernisme philosophique ». Selon Charles Mbele, les penseurs de la post-colonie parmi lesquels il cite entre autres les Camerounais Achille Mbembe et Godefroy Bidima, estiment que les théorisations qui privilégient une hiérarchisation binaire du genre Intérieur – Extérieur sont passées de mode. La contradiction ne serait plus à chercher entre le dedans et le dehors. Il y aurait lieu de donner une primauté à l’historicité propre des sociétés africaines, autrement dit, identifier la responsabilité des sociétés africaines dans leur aventure de dominées. La pensée post-coloniale s’élève contre la polarisation du monde. Il faudrait désormais ‘’faire communauté’’ dans une nouvelle ère qui est celle de la convergence pan-humaine, lieu indissoluble entre l’Etat-nation et le marché mondial. Le seul universel réellement existant serait le marché mondial. Le vaincu doit se rendre invisible. Si l’extérieur n’est pas encore intégré, il le sera d’une manière ou d’une autre. Toute volonté de lutte renvoie à des temps révolus.

Il s’agit d’une pensée que le conférencier réprouve et considère comme œuvrant en faveur de l’extension de l’ultra- libéralisme. Une orientation qui se montre post-moderniste dans l’exacte mesure où elle rejette toute recherche de régulation et tout discours systémique

Emile Kenmogne a ensuite pris la parole pour soutenir « la persistance de la raison normative et (sa) préférence notionnelle pour l’ultra-modernisme ». Son idée est claire : Si une partie de l’humanité a accédé à la modernité rationnelle, il n’en est pas de même pour d’autres représentants de cette même humanité qui évolueraient encore en situation d’infra-modernité. Pour la partie qu’on considère comme se situant déjà en post-modernité, Emile Kenmogne estime qu’il y aurait plutôt lieu d’invoquer pour elle une sorte d’ultra-modernité plutôt que de post-modernité. Il évoque l’analyse conduite par l’auteur de De la médiocrité à l’excellence, quand Njoh Mouelle écrit, dans le chapitre de cet ouvrage intitulé ‘’La misère de l’homme’’ que : ‘’le spectacle le plus affligeant en situation de sous-développement c’est celui de l’irrationalité dans le comportement de l’homme’’. Une citation qui a arraché au professeur Ondoua l’interrogation suivante pendant le débat : ‘’mais qu’est-ce que l’irrationnel ? Comment le définir ? ». L’auteur du passage cité s’étant trouvé être lui-même le modérateur de la table ronde a répondu à Pius Ondoua en rappelant simplement ce que tout le monde est censé savoir. A savoir que lorsqu’on ne respecte pas le principe de non-contradiction, par exemple, on plonge dans l’irrationnel. De là l’exemple cité par le philosophe dans cet Essai sur la signification humaine du développement et qui évoque le cas de ces populations voulant et ne voulant pas à la fois le développement quand elles s’opposent au tracé d’une route à travers une forêt sacrée ou à la construction d’un pont sur une rivière sous prétexte de garantir la paix pour les esprits des ancêtres morts-vivants !

Le dernier à intervenir aura été Hubert Mono Ndjana qui a traité la question suivante : ‘’Michel Foucault et la contestation du pouvoir ; un paramètre solide de la pensée post-moderniste.’’ Michel Foucault s’en est effectivement donné à cœur joie dans la contestation du pouvoir, non pas uniquement le pouvoir d’Etat, mais de tout pouvoir s’affirmant dans le cadre des nombreux rapports existant entre les individus, à commencer par le rapport de pouvoir entre le père et son enfant. Le projet est indiscutablement post-moderniste dans la mesure où il s’oriente dans le sens d’une certaine dérégulation et que le post-modernisme ne cache pas son côté anarchisant. Mais selon H. Mono Ndjana, Michel Foucault, comme d’autres auteurs considérés comme post-modernistes, se livre à une sorte de jeu de langage, extrêmement détaché de la réalité. La pensée post-moderniste s’est crée une réalité essentiellement langagière, une sorte de piège et d’attrape-nigauds dans lequel les Africains ne devraient pas se laisser prendre. S’agissant des pays en voie de développement tels que ceux d’Afrique, Mono Ndjana propose une orientation plus accentuée de l’attention en faveur des situations concrètes. Ce serait du ‘’concrétisme’’ qu’il faudrait faire, a-t-il suggéré.

En conclusion, et comme à la fin de chaque conférence pendant l’année écoulée, E. Njoh Mouelle a dit sa satisfaction de constater que la majorité des intervenants affirment une attitude très réservée à l’égard des philosophies de la post-modernité qui lui paraissent effectivement proposer une sorte de pensée-piège pour les pays en voie de développement. E. Njoh Mouelle a toujours affirmé son ancrage dans le rationalisme qu’il considère comme indispensable au progrès de l’humanité en général et aux transformations positives attendues dans une Afrique encore dominée par la mentalité magico-religieuse. Il a saisi l’occasion d’une question posée par un participant pour dire ce qu’il a déjà écrit sur l’idéologie du développement durable, qui ne serait pas un moindre piège du même genre. On peut lire ce qu’il en dit dans ce site en se rendant à la rubrique « Mon opinion sur… »
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Images


Une vue du panel

un auditoire nombreux


Un visiteur anthropologue canadien au CERCAPHI

fin de la conférence

Les chefs de département entourant Njoh Mouelle.

Une vue de la salle pendant le pot de clôture.

Depart de Njoh Mouelle à la fin de la conférence.
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