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Conference philosophique
Conference philosophique

JOURNEE MONDIALE DE LAPHILOSOPHIE
Jeudi 18 novembre 2010-
LYCEE DE BIYEMASSI 
CONFERENCE DE M. E. NJOH MOUELLE 
SUR LE THEME: LES LIBERTES ET LA LIBERTE

            Parler de la liberté ne saurait en aucun cas consister à chercher à la définir,  car en effet,  définir la liberté c’est la finir en la bornant, c’est la limiter en la déterminant ! L’enfermer dans un carcan. Comment donc enfermer cela même qui est ressenti intuitivement comme de l’in-enfermable, l’incoinçable, l’inétiquettable, de non-réglable ?
            1-)Les libertés publiques ne sont pas la liberté
Toute législation ou toute règlementation des libertés publiques est une démarche de limitation et de bornage de la liberté : Liberté d’association, liberté d’opinion, liberté de circulation, liberté de presse, liberté d’expression, etc. En dépit des intitulés qui laissent l’impression que la liberté est identifiée, circonscrite et octroyée à travers les diverses lois votées par un parlement, ces divers intitulés des libertés ne sont en fait, ni des libertés, ni encore moins la liberté en soi! Les lois déterminent les conditions dans lesquelles chaque liberté s’exerce et en dehors desquelles le contrevenant se met « hors-la-loi », c’est-à-dire hors liberté qui finit par n’être simplement qu’une position hors-autorisation. La loi sur les associations peut disposer que les associations à caractère tribal ne sont pas autorisées, ou que la liberté d’opinion n’admet pas la diffamation ni l’outrage à magistrat ou à tout personnage officiel !
C’est la liberté telle que regardée du point de vue du droit. Elle est contenue dans le texte juridique. L’action de l’homme se règle sur la liberté-texte de loi .Quand la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame que tous les hommes naissent libres et égaux en droit, beaucoup de lecteurs ne prêtent pas une attention suffisante à cette restriction finale qui précise « en droit ».  On peut donc dire que le droit ouvre et ferme ; le droit ouvre une possibilité de jouir d’une sorte d’avantage, de prérogative, de pouvoir ou de facilité en même temps qu’il définit les limites de la jouissance de cet avantage ou de ce pouvoir.
S’agissant d’un avantage ou d’un pouvoir qui s’appelle la liberté, peut-on dire que le droit crée cet avantage ou ce pouvoir ? Le texte de loi relatif à l’expression libre des opinions, par exemple, créée-t-il la liberté ? La réponse est que ce texte crée une liberté mais ne crée pas la liberté. La liberté que crée le texte de droit comporte même autant de limitations que d’ouverture. Des limitations qui ressemblent à des interdits.
Le fait que la liberté juridique crée une liberté mais pas la liberté se vérifie à ceci que les limites que le texte de loi impose à l’exercice de telle ou telle liberté particulière sont régulièrement outrepassées et franchies dans le cadre des violations courantes de la loi. Qu’est-ce qui rend possibles ces violations de la loi si ce n’est encore et toujours la liberté ?
2-) Quelle fonction attribuer à l’entrave, l’interdit, l’obstacle la règlementation ?
La limitation expérimentée à travers la règlementation, l’interdit, bref, l’entrave, est-elle donc la révélatrice de la liberté ? Autrement dit, pour se manifester la liberté a-t-elle besoin de rencontrer un obstacle ou une résistance ?
             J’ai utilisé des notions qu’il va falloir distinguer, à savoir les notions d’interdit et de limitation d’un côté, celles d’obstacle et de résistance d’un autre côté. Si l’interdit et la limitation peuvent, soit se faire respecter, soit se faire violer, l’obstacle et la résistance sont faits pour être surmontés. Briser la barrière ou aller à l’encontre de ce que la loi prescrit n’expriment pas toujours ce que la liberté pourrait avoir de meilleur. De même, surmonter l’obstacle ou briser une résistance ne suffisent pas à eux seuls pour caractériser une action libre.
Dans les deux cas, les actes de briser ou de surmonter les barrières et les obstacles tout comme les actes de violation de la loi peuvent avoir des motivations tantôt nobles tantôt sordides.
Le fait est que le premier moment de l’expression de la liberté a souvent pris la tonalité de la négation, de la contestation, du rejet de l’existant. C’est le moment de la révolte qui ne suffit pas cependant à donner une idée complète de la liberté.
La suppression de l’entrave ne conduit pas nécessairement à la liberté. La tendance à penser que l’absence d’entraves constitue la liberté conduit vers une déception. Car les entraves ne sont jamais définitivement supprimées. Ensuite, le fait même de se mouvoir dans un espace dépourvu de résistance ne peut représenter qu’une fausse liberté. Songez à la chute libre des corps qui n’est pas différente de la chute libre de l’alcoolique qui ne se retient pas de boire à partir du moment où il n’y a plus personne à ses côtés pour lui opposer une contrariété à son irrésistible soif d’alcool.
3-) La loi civile et la loi morale sont le produit de la liberté :
Si la loi règlemente la liberté d’association ou d’opinion, il faut dire qu’au départ, c’est la liberté qui produit la loi. Et comment donc ? Si nous considérons l’ordre naturel des choses dans les rapports entre les hommes, nous y trouvons l’inévitable tendance de chacun à ne s’intéresser qu’à soi-même, à ses intérêts personnels ; c’est l’ordre du chacun pour soi et du triomphe des égoïsmes ! L’ordre que l’homme vient substituer à cet ordre de la nature n’est possible que parce que l’homme possède la capacité de prendre ses distances par rapport à cet ordre naturel.et à y introduire l’ordre humain.
 Deux auteurs peuvent être invoqués à ce niveau : D’abord Jean Jacques Rousseau, auteur du Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes et du Contrat Social, entre autres. Ensuite E. Kant, auteur de la Critique de la Raison pure pratique.
            Pour ces deux auteurs, la loi n’est pas une entrave ou un obstacle. Les entraves et les obstacles auxquels la volonté de l’homme se heurte souvent sont extérieurs à lui en ce sens qu’ils ne sont pas créés par lui. Dans le cadre de la vie sociale par contre, la loi suppose la participation de chaque citoyen à son élaboration. C’est la raison d’être du contrat social, par lequel chaque citoyen consent à céder une partie de sa souveraineté pour participer à l’expression de la volonté générale. Chez Emmanuel Kant, le régime de l’autonomie est celui par lequel chaque agent moral découvre que sa plus grande liberté s’exprime lorsqu’il se soumet à la loi morale qui est un produit de sa propre raison.
            En sortant l’homme de l’état de nature pour le faire entrer dans l’état civil, il s’est agi pour Rousseau de « trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même, et reste aussi libre qu’auparavant ». L’un des buts du contrat social est donc d’assurer la liberté, en aliénant la liberté naturelle pour obtenir en échange la liberté conventionnelle.
Mais l’homme à l’état de nature jouissait-il d’une véritable liberté ? La liberté à l’état de nature correspond justement à ce régime d’absence d’entraves qui ravale l’homme au niveau des seuls instincts et de la loi du monde physique. Ce qui a fait écrire à Rousseau que l’homme « devrait bénir sans cesse l’instant heureux qui l’en arracha pour jamais et qui, d’un animal stupide et borné, fit un être intelligent et un homme ».
            Ce que Rousseau demandait à l’égard de la loi civile est bel et bien ce que les stoïciens demandaient à l’égard des lois du cosmos : l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté. Si la loi civile est la loi qu’on s’est prescrite, la loi du cosmos, tout en n’étant pas prescrite par l’homme, peut être assumée (validée) par l’homme qui la situe et se situe lui-même comme un élément de ce cosmos. C’est pourquoi les stoïciens présentent l’acceptation raisonnée de la nécessité comme l’expression de la liberté de l’homme.
4-)La liberté peut-elle être saisie en elle-même et en dehors de l’action ?
Apparemment il n’y a pas de liberté qui se promènerait dans le vide de l’action. La liberté semble avoir partie liée avec l’action. C’est dans le cadre de l’action qu’il faut vérifier sa manifestation. La liberté serait-elle donc un simple attribut possible de l’action, dans la mesure où c’est l’action qu’on peut qualifier de libre ou de non libre, déterminée et conditionnée? La liberté serait-elle au contraire saisissable en dehors de l’action et dans son ipséité ?
            Il nous faut donc voir à présent si, en cherchant à appréhender la liberté, non plus négativement en disant ce qu’elle n’est pas mais affirmativement en disant ce qu’elle est, nous touchons l’essence de cette réalité. S’il fallait la présenter positivement sous l’angle juridique que nous venons d’évoquer, nous aurions dit qu’elle s’y présente positivement comme un droit parmi de nombreux droits : le droit d’expression, le droit de circulation, le droit de réunion, le droit d’association. Mais cet émiettement de la liberté, corrélatif au champ d’action n’est pas la liberté ; car cet émiettement a tendance à transformer la liberté en une chose, en un objet. Ce qui est la plus belle manière de la faire disparaître, de la « tuer ».Car la liberté ne saurait être montrée du doigt ; même pas à travers ses œuvres !
            5-) Le libre arbitre
Sous quelle forme, non plus négative mais positive et affirmative, devrions-nous donc appréhender la liberté en tant qu’elle se distingue des libertés partitives ? C’est d’abord les théoriciens du libre arbitre qui voudront nous faire admettre qu’il existe en l’homme un pouvoir d’agir, non seulement indépendamment des contraintes extérieures, mais également de toute détermination intérieure. Autrement dit, qu’il y aurait un mystérieux pouvoir en l’homme qui lui permettrait de poser des actes qui ne seraient  déterminés ni par ses idées, ni par ses instincts, ni par ses habitudes. Tel serait le libre arbitre des métaphysiciens Il s’agit d’une conception de la liberté comme étant l’indétermination totale de la volonté par rapport à son objet. Dans son Traité du libre arbitre, Bossuet écrit à ce sujet : « Plus je cherche en moi-même la raison qui me détermine, plus je sens que je n’en ai aucune autre que ma seule volonté : je sens par là clairement ma liberté, qui consiste uniquement dans un tel choix. C’est ce qui me fait comprendre que je suis fait à l’image de Dieu »   
Les défenseurs du libre arbitre entendent laisser croire qu’il est la liberté parce qu’aucune détermination ne pèse sur la volonté au moment du choix, de l’action, de la décision. Cela ressemble fort à la liberté d’indifférence ; et pourtant Descartes a dit lui-même que la liberté d’indifférence est le plus bas degré de la liberté. « Cette indifférence que je sens, lorsque je ne suis point emporté vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d’aucune raison, est le plus bas degré de la liberté, et fait plutôt paraître un défaut, <c’est-à-dire une certaine négation>, dans la connaissance, qu’une perfection dans la volonté[10] [10] Meditatio IV, IXa. 46;  La liberté d’indifférence est celle illustrée dans l’anecdote de l’âne de Buridan, mort de soif et de faim, faute d’avoir été déterminé à commencer par l’eau ou plutôt par le foin. L’âne est mort parce qu’il n’était pas doué du libre arbitre qui lui aurait permis de prendre une décision en dehors de tout motif prévalent.
            D’où vient la différence entre la liberté d’indifférence et le libre arbitre ? Si la liberté d’indifférence exprime une absence totale de détermination sur la volonté, le libre arbitre est aussi cette absence de détermination augmentée d’un pouvoir de décider.
            Le fait est que dans les deux cas, il y a absence de raisons, exclusion de toute connaissance pouvant aider à s’orienter. Et la question se pose  alors de savoir s’il peut y avoir liberté là où il y a ignorance, là où on agit, non pas en connaissance de cause, mais en ignorance ou à l’insu de cause ?Descartes lui-même pense qu’il y a plus de liberté à agir , poussé par plusieurs raisons que l’inverse « C'est en ce sens que j'ai écrit que j'étais porté d'autant plus librement à une chose, que j'y étais poussé' par plus de raisons; parce qu'il est certain que notre volonté se meut alors avec plus de facilité et d'impétuosité. » L impetus : ardeur, inspiration, comme dans Divinus impetus : inspiration divine. (à ne pas prendre dans le sens de fougue et de violence)
                La connaissance est donc nécessaire à toute action libre. Car il est évident que lorsqu’on agit, et surtout lorsqu’on décide ou lorsqu’on choisit dans le clair-obscur ou dans le brouillard, on ne choisit ni ne décide en homme libre. Et la théorie du libre arbitre semble n’être d’aucune utilité à l’homme d’action, sauf si elle se borne à n’être que l’affirmation de la réalité d’une possibilité de choisir en tant que simple principe. Le principe qui établit la différence avec le comportement strictement instinctif de l’animal.
            Mais si la connaissance est nécessaire à l’action libre, elle n’est cependant pas un déterminant absolu qui suffirait à orienter inéluctablement la décision ou le choix dans une direction et pas dans une autre. Et tout d’abord parce que par connaissance il faut entendre non pas une information précise et pointue, mais aussi une diversité de paramètres ou de facteurs à prendre en ligne de compte. La décision ou le choix dépend de la synthèse et donc de la qualité du jugement et d’appréciation dont est capable l’homme placé devant une situation. Cet homme décidera-t-il indépendamment de son caractère, de son histoire familiale, de son « inconscient » ? Mais la question de l’ipséité de la liberté demeure non tranchée ! Où trouver la liberté si ce n’est dans les moments d’action ? Elle se présenterait donc comme une simple potentialité de principe ?
6-)L’acte gratuit :
C’est le lieu de dire aussi un mot de la théorie de l’acte gratuit.
 Il n’est pas différent de la liberté d’indifférence. C’est une théorie illustrée par André Gide dans son roman « Les caves du Vatican ».Gide fait commettre à un de ses personnages un acte supposé gratuit. Lafcadio se rend à Rome par le train. Et se trouve seul, la nuit, dans son compartiment avec un petit vieux de chétive apparence, Amédée Fleurissoire. Lafcadio se met à soliloquer : « Qui me verrait ? Là, tout près de ma main, sous ma main, cette double fermeture que je peux faire jouer aisément ; cette porte qui, cédant tout à coup le laisserait crouler en avant ; une petite poussée suffirait…On n’entendrait même pas un cri…Un crime immotivé, quel embarras pour la police ! Et ce n’est pas tant des événements que j’ai curiosité que de moi-même ». Et Lafcadio laisse la décision au hasard. «  Si je puis compter jusqu’à douze sans me presser, avant de voir dans la campagne quelque feu », l’homme est sauvé. «  Je commence : une, deux, trois, quatre (lentement, lentement) : cinq, six, sept, huit, neuf, dix, un feu ! » et le crime s’accomplit.
            Le crime commis par Lafcadio dans ce train montre précisément que l’acte gratuit n’est pas possible. Il peut avoir été déterminé justement par le désir de commettre un acte gratuit, ou de s’évader des comportements ordinaires. L’auteur de l’acte gratuit ne peut pas en être lui-même le juge. Il croit avoir posé un acte gratuit alors qu’il y a été poussé par des motifs inconscients. La psychanalyse l’a bien montré : les actes un peu bizarres dont nous ignorons les motifs sont les moins libres de tous, car ici, nous sommes agis par des mobiles inconscients dont nous sommes d’autant plus les esclaves que nous les ignorons. En particulier, les crimes et les délits sont toujours profondément déterminés, soit par des complexes inconscients, soit par des frustrations secrètes.
            7-) L’homme libre est un homme de projet
En traitant de l’action jusque là, et en évoquant la théorie du libre arbitre, nous nous rendons compte que le seul théâtre de l’action à partir duquel nous avons raisonné est celui du moment du choix ou de la décision. Mais si l’homme passe la grande partie de son temps d’action à décider et à choisir, il n’en reste pas moins vrai que le terrain de l’action n’est pas seulement celui où l’homme est conduit à réagir aux événements, mais également celui où l’homme prend des initiatives et crée l’événement, non plus du genre de cet acte gratuit dont nous venons de parler, mais des événements relevant de ses projets et plans de vie.
L’homme est l’être des lointains, disait Heidegger ; l’homme est un être de projet dit Jean Paul Sartre. La phénoménologie existentialiste s’est attelée à démontrer que la différence entre l’essence et l’existence réside en ceci que si l’essence se veut immobile et intangible, l’existence se caractérise par le fait de sortir de soi-même pour se projeter au dehors, se projeter dans la construction de sa vie qui passe par de nombreux projets. Je veux être un médecin, je veux être Manu Dibango ou rien, je vais me construire une maison au village, etc. Le projet est le propre de l’homme. Et l’homme ne conçoit des projets que parce qu’il est « apte à la liberté ». C’est la formule que j’ai préféré utiliser dans « De la médiocrité à l’excellence » ; parce que je suis conscient de ce qu’il y a quelque chose de faux dans l’expression l’homme est libre. Car cette manière de s’exprimer pourrait laisser croire que la liberté est un état dans lequel on peut se trouver. En fait, nous sommes en train de chercher à nous libérer en permanence ; grâce au fait précisément que nous disposons d’une telle aptitude qui pourrait s’atrophier, s’étioler et disparaître si elle n’est pas sollicitée, utilisée. La fonction crée l’organe. Le fait de se projeter en permanence dans le présent et l’avenir ressemble à cette caractéristique que la phénoménologie attribue à la conscience, à savoir l’intentionnalité qui fait qu’elle est toujours conscience de quelque chose. Si l’homme est un être toujours « en situation », comme l’affirme J.P. Sartre, il n’en reste pas moins que ce sont ses libres projets qui donnent une signification aux situations dans lesquelles il est amené à se trouver. Le dépassement d’une situation présente par un pro-jet à venir, est ce que Sartre nomme transcendance. La transcendance est donc liberté, ou mieux, la transcendance est la forme sous laquelle se potentialise la liberté. C’est peut-être ce qui apparaît comme un pouvoir dans le libre arbitre, ce que j’appelle à mon tour aptitude.
            8-) La liberté se prouve et s’éprouve dans l’action.
            Si notre aptitude à la liberté se manifeste dans l’action de concevoir ou d’élaborer des projets, elle va plus loin dans sa concrétisation quand nous nous engageons dans la phase de réalisation des projets. L’idée sur laquelle, pour ma part, j’ai insisté dans l’ouvrage « De la médiocrité à l’excellence » est celle de créativité. La liberté s’exprime de manière plus exaltante dans des actions de transformation de l’environnement, les actions de production d’objets-réponses divers aux besoins de l’homme. Dans des actions de création artistique A cet égard, l’agriculture n’est pas la moindre des créations de l’homme. Un champ bien labouré, et présentant des sillons qui s’étendent, rectilignes vers l’infini, relève aussi de l’art. A la place de la forêt, la créativité de l’homme a installé un espace humanisé devant lequel d’autres hommes peuvent s’arrêter, contemplatifs et admiratifs. Quand on passe devant les champs en terrasses sur les flancs des collines de l’Ouest Cameroun, on ne peut s’empêcher d’admirer à la fois le savoir-faire et la beauté que ces paysages reflètent.
            Et, derrière tout cela c’est la valeur-travail qui se profile. Le travail est l’expression de cette aptitude à la liberté, à condition qu’il ne soit pas un travail forcé comme eu temps de l’esclavage ou de la colonisation. Un travail libre en ce sens qu’il relève du projet du travailleur lui-même qui en connaît les tenants et les aboutissants.
            Conclusion : Que dire en conclusion ?
Si la liberté ne s’éparpille pas en plusieurs libertés qui sont plus exactement des autorisations d’action dans le cadre social et politique, cela veut dire que la liberté n’est pas énumérative. En second lieu la liberté n’est pas un état dans lequel l’homme pourrait prétendre se trouver à un moment ou à un autre. C’est vrai qu’au sortir de prison le prisonnier peut affirmer qu’il est libre. Mais le philosophe lui dira que c’est un excès de langage ! Il peut aller et venir, il n’est plus enfermé ni surveillé dans ses mouvements, mais il n’est pas libre, sous entendu dans l’absolu et pour toujours. Car si la prison était une entrave à ses mouvements, d’autres entraves s’imposent toujours à lui. Et le philosophe lui dira encore qu’il avait tort de penser que quand il était enfermé, son pouvoir de décider ou de choisir, son libre arbitre ou la transcendance de son égo étaient aussi enfermés, emprisonnés. Des prisonniers ont écrit des romans dans leurs cellules. Des prisonniers se sont convertis en religieux ou pasteurs dans leurs prisons, etc. La liberté qui n’est pas un état ni une chose, s’exprime, s’éprouve et se prouve dans nos initiatives, nos projets et nos œuvres. C’est la dimension la plus importante de la liberté, celle qui s’exprime à travers les œuvres et les réalisations davantage que dans cette conception de la liberté qui cherche à la situer dans une indétermination absolue de la volonté agissante. La connaissance ne saurait être totalement évacuée du processus du libre choix comme cela se voit dans les théories de l’acte gratuit ou de la liberté d’indifférence. Retenons de la théorie du libre arbitre qu’elle vise essentiellement à mettre en évidence l’existence en l’homme d’un pouvoir de décider qui ne relève pas de l’instinct plus ou moins animal. Ce pouvoir de décider n’a rien d’un pouvoir mystérieux. C’est ce que j’appelle moi-même l’aptitude à une liberté qui apparaît en fin de compte comme une aptitude à la libération permanente et continuelle. La transcendance de l’égo chez Sartre ne semble pas exprimer autre chose que cette tension qui est un mouvement d’extériorisation et d’ouverture vers l’avenir, vers autrui et vers le monde.

                                                                                              Njoh Mouelle
                                                                                              www.njohmouelle.org

 

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